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Yvan Goll, le fulgurant

 Il faut entendre les mots des poètes, parce qu’alors tout un monde se lève en nous, se fraye une trace dans le silence.
 Jeudi soir, dans une salle du CIAL au Wacken, plus de soixante personnes s’étaient rassemblées pour entendre le cri d’Yvan Goll par la voix de l’un de ses traducteurs, Claude Vigée, l’enfant de Bischwiller enraciné dans l’exil, la quête d’autres lieux, d’Amérique à Jérusalem, où il a modelé son écriture.
 Voulu par les éditions Arfuyen, qui offrent depuis quelques années les plus beaux textes rhénans tombés dans l’oubli et les publient, ce qui est rarissime, en version bilingue, ce cycle de lectures a vu le jour grâce au soutien conjugué du CIAL, des DNA et de la Direction régionale des Affaires culturelles. La première de ces lectures avait eu lieu au siège des DNA, autour des textes de Nathan Katz.
 Jeudi soir, Mme Bleikasten, qui a effectué un énorme travail sur la poésie de Jean Hans Arp, a présenté en quelques mots la personnalité d’Yvan Goll, mort en 1949, « surréaliste avant Breton ». Claude Vigée a ensuite donné lecture de fragments de L’herbe du songe, que Goll écrivit pour la plus grande partie à l’hôpital civil de Strasbourg, textes imprégnés d’une fulgurance éblouissante, qui serait, selon son traducteur, « la célébration de la fin, du rideau qui tombe ».
 
Claude Vigée, qui pénétra l’oeuvre d’Yvan Goll dans des circonstances particulières – sa rencontre à Paris avec Claire Goll, deux ans après la mort du poète – a salué, le « dernier romantique européen dont l’oeuvre est l’incarnation ruinée de Faust et de Don Juan », la fusion de la séduction et de la domination.
 Ce fut plus qu’une soirée, un instant voué à la magie des mots, à l’hommage rendu à un talent superbe, à une époque où tant de choses étaient en germe dans le monde des arts et de l’expression.