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Voix ultimes

Dans les récentes publications des Éditions Arfuyen, deux voix nous parviennent comme de l’au-delà : celle de l’Italienne Margherita Guidacci, déjà présente chez le même éditeur avec notamment Neurosuite et Sibylles, et la Brésilienne Maria Ângela Alvim, dont l’ensemble des poèmes, à quelques exceptions près, est ici regroupé sous le titre Poèmes d’août.

« Comme de l’au-delà », avons-nous dit : si ces deux poétesses sont en effet aujourd’hui décédées, ce qui ajoute à ce sentiment, c’est aussi la matière même de leur inspiration qui donne cette impression tant les images éthérées d’Alvim comme le long requiem de Guidacci nous emmènent dans les parages de la mort méditer sur la fragilité du genre humain.

Riche d’aspects, la poésie de Margherita Guidacci a toujours su embrasser un sujet en mêlant de façon subtile l’expérience personnelle et une interrogation plus distanciée. Le 2 août 1980 au matin, un terroriste inconnu déposa à la gare de Bologne une valise pleine d’explosifs. La détonation arrêta net les deux aiguilles de l’horloge, donnant ainsi un symbole terrible à cet attentat. Le Jour des Morts, trois mois après, la poétesse italienne se trouve à Bologne, soudain prise sous un paysage de neige inhabituel.

Un texte naît comme un long office où sont convoqués les victimes et les personnages bibliques, notamment Caïn et Abel. Car c’est bien un frère qui a tué un autre frère. « De la première étoile de sang naît tout un firmament », écrit Guidacci, inscrivant cette rupture originelle face à l’horreur renouvelée des voyageurs tués : « D’innocents voyageurs qui vainement dans des gares / de tous les points cardinaux seront attendus / ont rejoint une autre destination, l’ultime. / sans même être partis. » Livre de la consolation, amer, violent, L’Horloge de Bologne est le port du deuil d’autrui. (…)