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Vision

 Ce livre de Roger Munier, décédé en 2010, représente le testament de l’écrivain. Il est constitué de trois parties : « Vision » , publié dans le Cahier Roger Munier aux éditions du Temps qu’il fait en 2010, « Amen » et « Néant » , textes inédits.
 Dans ces pages, Roger Munier se livre à des réflexions, des méditations tournées vers deux thèmes qui ne cessent de le hanter : le Néant et le Rien, d’où le recours au paradoxe, à la dialectique. Le Néant, chez Roger Munier, fait figure d’élément central dans sa pensée. Et même s’il constate que « le néant, on ne peut rien en dire, pas même le penser, et moins que Dieu. Signe qu’il est, de tout, la Chose la plus reculée, d’un recul suprême », il n’en continue pas moins sa quête spirituelle, sa réflexion profonde, laquelle s’attache au « rien » qui accompagne l’écrivain dans sa marche.
 C’est ainsi que, tout au long de ces pages, la pensée de Roger Muniers’enrichit de ces « visions » sur ces deux sujets. Le paradoxe est souvent manié avec force pour dire son incertitude quant au pouvoir du néant : « Je n’attends que mon anéantissement. Sans rien attendre de mon anéantissement. » Mais bien souvent c’est à des tentatives pour cerner ce qu’est le néant que Roger Munier a recours. Nombreuses sont les définitions qu’il apporte sur le néant sans cesse confronté à l’être : « Le Néant ne nous demande rien que d’être aussi peu que possible et finalement de n’être pas. » De là également les rapports qu’il établit entre le néant et le Rien : « Le Rien ne nie que pour reprendre en soi. Non pour seulement détruire, biffer, éliminer, mais pour a-néantir. » D’où aussi ce sentiment d’un mouvement perpétuel conduisant au néant : « Tout meurt, s’abolit et renaît, pour de nouveau s’abolir, à tout instant. » Quant au Rien, il donne lieu à ce constat : « On est sans pouvoir sur le Rien. C’est lui qui a pouvoir sur nous, étant pouvoir, le Pouvoir. » Alors, dans cet élan vers ce qui nous demeure inconnu, Roger Munier se confie à cette autre forme de Néant qu’il n’a cessé de chercher : « J’évolue, ou cherche à évoluer, ne fût-ce que part instants, dans le Néant. Mais c’est le Néant de Dieu », comme si ces mots étaient l’ultime message de Roger Munier tourné vers un autre monde que la pensée peut parfois entrevoir.