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Vincent La Soudière

 Un chercheur de Dieu qui n’a pas trouvé de port. Un homme sans foyer, sans attaches. Un écrivain qui, en un demi siècle d’existence, ne fait paraître qu’un ouvrage. « Mon être, écrit Vincent La Soudière, est un luth dont personne ne s’est encore jamais servi. » Et, dans un autre de ces brûlants fragments où il note l’essentiel de sa vie : « Deux attentes crucifiantes : je n’ai pas encore été nommé ; je n’ai pas encore prononcé une parole – ma parole. J’inexiste. »
 Pas de complaisance, pas d’apitoiement. Pas non plus de culpabilisation ou de récrimination. Le ton de Vincent La Soudière est empreint de gravité et de ferveur, porté par une magnifique et inexplicable confiance : « Ton état te prédispose à la Grande Perte comme à la Grande Plénitude. Prends patience, tu n’es pas si loin d’y atteindre. Alors seulement tu recevras ton destin. » Ce que les hommes appellent réussite n’est qu’une impasse.
 La belle affaire, d’accumuler les publications pour faire figure d’écrivain aux yeux des autres : « Écrire est une chose. Se faire publier en est une autre. Un abîme sépare ces deux états de la pensée. Je distingue, derrière le fait de publier, un fort besoin des autres, de quantité d’autres – rarement donner, se donner et se perdre. » Se défaire avant tout de l’idéalisation romantique de l’écriture : « Les écrits ne restent pas. Seuls demeurent les sphinx de granit rose, les colonnes de marbre blanc, les corps de pierre ou d’airain. » L’argent ? « Que m’apporterait la richesse ? À peu près rien. Je m’achèterais un grand atelier de peintre pour pouvoir faire les cent pas les jours d’angoisse et beaucoup de planches que je fixerais aux murs et où je pourrais ranger mes livres. (…) Ce n’est pas l’argent qui me rendrait l’appétit et la confection des repas ; la prière et la paix du cœur. »
 Alors quoi ? Quel réconfort pour cette vie ? A quoi bon écrire ? A quoi bon chercher ? C’est qu’il n’y a pas le choix : « On écrit des poèmes sans le vouloir, au-delà des remparts du désespoir. Dans l’effulgence de quelque transcendance… » On peut bien tenter de fuir, on n’échappe pas à l’emprise de cet autre silence « au centre du silence ». Il faut l’assumer sans faiblesse, sans illusion. C’est peut-être dans cet abandon qu’est le vrai courage, l’espérance véritable : « Le livre provient de l’inébranlable certitude qu’en demeurant à la place – heureuse ou malheureuse, il n’importe – que le Destin vous a assignée, il est impossible de s’égarer. Inutile de se plaindre ou de récriminer ; ce serait changer de rail et risquer de tomber dans le véritable abîme. »
 Et donc vivre, écrire pour cela seul, dans le dénuement et la vigilance. Sans résultat apparent – sans reconnaissance sociale, ni réconfort personnel, dans l’intégrité seulement de ce qui, ici, maintenant, est à faire. Passivité, paresse, dira-t-on. Mais c’est ne rien voir, ne rien comprendre : « On me croit immobile dans le fleuve. C’est que je nage à contre-courant et que ma force est égale à celle du courant. » Il y faut une énergie, une rigueur peu communes : « Va au vrai par la voie des ascètes. Ne te fais pas de concessions. Ne transige pas. N’en parle à personne. » 
 Enfant du Désert, sans père ni mère. Toujours dans la recherche, dans l’attente : « Père, père, avant de mourir, dis-moi le mot que j’attends depuis ma naissance. » Sans nom. Sans parole. Mais non sans larmes, non sans amour : « Je n’ai jamais eu de larmes que pour toi, ô Amour inconnu. » « Nous sommes faits pour Toi, ô vertigineux Amour. Appelle tes brebis, elles reconnaîtront ta voix. »