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Une plainte désespérée

 De l’œuvre d’Ishikawa Takuboku, les lecteurs français ne connaissaient jusqu’à présent qu’un mince recueil de poèmes : Ceux que l’on oublie difficilement. Ce titre magique avait ouvert une brèche dans l’indifférence opposée jusqu’alors à ce poète japonais, qui mourut à vingt-sept ans, ayant, « du fond même de la nature humaine, jeté vers le ciel trop haut et la terre trop sourde la plainte la plus désespérée de la poésie japonaise » (Georges Bonneau).
 Né en 1886, Takuboku sera l’éternel laissé-pour-compte du destin. Son père, chargé d’un temple bouddhiste, est accusé d’escroquerie. Pour échapper à la misère, Takuboku deviendra instituteur, puis correcteur dans une imprimerie et, enfin, journaliste. Quant paraît son premier recueil, Une poignée de sable, il sait déjà qu’il ne vivra plus longtemps : la tuberculose l’emportera en 1912. II venait d’achever son dernier livre, le Jouet triste, titre résumant le sens qu’il donnait à la création poétique.
 Proche des socialistes, Takuboku se définissait lui-même comme un « paresseux égoïste ». Sans cesse revient l’idée qu’il a vieilli trop tôt : « Je me souviens de cette époque / Je souffrais das yeux, je portais des verres fumés / Je pleurais seul. » Ou encore : « La petite musique de marchand ambulant / Comme si je pouvais recueillir / Ma jeunesse perdue. » Parfois, la révolte affleure : « Le cœur triste du terroriste / Je le croyais plutôt chose lointaine / Certains jours, je /e sens proche. »
 Avec Fumées, les Éditions Arfuyen nous donnent une nouvelle édition bilingue fort élégante des tanka de Takuboku. Chacun de ces brefs poèmes porte la marque de l’homme de génie, poursuivi par le guignon et laissant échapper des regrets qui sont autant de diamants. Le dépouillement absolu, la pureté cristalline, la mélancolie résignée de ces bribes de confessions et de souvenirs nous rendent avides de découvrir les nombreux récits et fragmente de journaux intimes, plus de sept volumes encore à traduire, de Takuboku, l’inoubliable.