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Une lumière dans le ghetto

 Les commentaires bibliques du rabbin Shapiro, resté avec les siens dans le ghetto de Varsovie et mort en 1943, interrogent aussi la conscience chrétienne.
 Le rabbin Kalonymus Shapiro avait fondé à Varsovie la plus grande yeshiva (maison d’étudede la Torah) hassidique de l’époque. Ayant choisi de rester auprès de ceux dont il avait la charge, il n’a cessé d’enseigner dans le ghetto de Varsovie, s’interrogeant sur le sens de ce qui se passait. Il est mort en 1943.
 La philosophe Catherine Chalier retrace son itinéraire spirituel et publie une sélection de ses commentaires bibliques, retrouvés après la guerre. Ce livre bouleversant répond à la question posée par Élie Wiesel, dans La Nuit, lorsque ce dernier s’interroge sur le silence et l’absence de Dieu à Auschwitz. Kalonymus Shapiro qui, peu à peu, a abandonné l’idée qu’Israël payait ainsi ses propres infidélités, finit par affirmer depuis le ghetto : c’est Dieu lui-même qui souffre avec ses enfants. Un propos qui fait écho aux écrits d’Etty Hillesum qui n’exige rien de Dieu mais veut lui venir en aide au milieu de la détresse humaine.
 Ce livre, riche d’enseignements sur la prière et la nécessité d’étudier la Torah, ne peut manquer d’interroger les chrétiens : les enseignements du rabbin Shapiro ravivent le sens de nombre de paroles de l’Évangile tant la proximité est grande entre son cheminement spirituel et le témoignage de Jésus jusqu’à sa Passion. Écrire cela, ce n’est pas « christianiser » ce maître spirituel juif, mais interroger la densité de la compréhension que nous avons de l’Évangile et retrouver le sens de ce qui nous relie à la foi de nos « aînés ».
 Au fil des pages, on comprendra que ce livre est un pur diamant.