Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Un poète de la déchirure

 Alain Suied, né à Tunis le 17 juillet 1951, est mort à Paris le 24 juillet 2008, des suites d’un cancer. Auteur d’une oeuvre abondante axée pour l’essentiel sur une méditation de la condition humaine et dominée par une sourde inquiétude face aux soubresauts de l’actualité, il fut traducteur de poésie anglaise (Dylan Thomas, William Blake et John Keats, entre autres).
Dès Le silence (Mercure de France, 1970) l’angoisse existentielle est au cœur du questionnement de soi, avec en filigrane un immense espoir pour la sauvegarde de l’origine à travers l’amour de l’Autre. D’une sensibilité juive affinée en particulier dans Kaddish pour Paul Celan (Obsidiane, 1989), l’œuvre de Suied est marquée par la solitude de l’homme et la déchirure marquée par l’absence et l’exil.
 Au delà du langage, le poème désamorce les antagonismes du discours, rompt les conformismes arbitraires, élucide cette part obscure de l’intériorité disputée par de fausses certitudes autour du « nom manquant » au centre de la tradition juive. Dans Le Juif du sujet (L’Improbable, 2001 ), un court essai sur Celan, il appréhende l’improbable conjonction de l’Histoire dans les relations entre le judaïsme et l’Occident. D’où la nécessité de Rester humain (Arfuyen, 2001) dans une réalité conflictuelle pour faire régresser la fatalité qui mène l’homme à la négation de soi.
 La quête de l’Origine, pour ce lecteur de Char et d’Éluard, puise ses racines dans un ailleurs impénétrable. La mémoire des lieux, la douleur des visages par delà les préjugés, troublent une réalité factuelle rendue ici ou là précaire.
 L’intensité intérieure chez Suied tantôt pudique ou évasive, tantôt anxieuse ou alerte, à la recherche de l’essence des origines, reflétait une phase de l’assouvissement de l’âme avidement recherchée dans Le pays perdu (Arfuyen, 1997) avec la singularité d’une écriture ciselée portée par le choix de mots justes, dans Ce qui écoute en nous (Arfuyen, 1993), et par l’amour du prochain qui émaille de belles pages de Laisser partir (Arfuyen, 2007), son dernier recueil.