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Un chant de la terre

 Écrire sur la poésie est un exercice périlleux. Comment oser poser des mots sur ceux qui ont cheminé si longtemps, se sont frayé l’étroit passage, ont fait corps avec le poète pour enfin guider sa main sur le papier. Écrire, sur la poésie, c’est prendre un gros risque. Comment dire le feu, le glaive, l’harmonie, le doute, le regret mauve et la rouge allégresse, la lumière liquide d’un matin de juin, le parfum du désir ?
 Alfred Kern publie Le point vif chez Arfuyen. C’est un chant de la terre, là belle moisson gorgée de gratitude étonnée d’un poète attentif. « L’écriture suscite le regard / sous la reliure des mots ». Des mots drus et charnus pour goûter la rondeur d’un fruit, « la belle fraise des jardins », éprouver « la sagesse de l’écorce », laisser couler entre ses doigts « la terre grumeleuse »  ; des mots cendrés, « la coulée du silence » pour dessiner la trace du temps qui se moque bien de nous dans sa course impassible, nous « sculpte » à volonté ; des mots d’amant joyeux, déroulant tendrement « la tresse des jours » ; « L’amour est une question à une réponse qui n’a jamais été posée. »
 Dans le silence caressé par la pointe des arbres, dans le vol fragile d’un papillon repu d’été, dans l’émouvante énigme d’un visage ridé, dans « l’échancrure des nuages » rassemblés face à lui, au-dessus des rondeurs des Vosges, Alfred Kern poursuit, insatiable assoiffé, sa lecture de la vie. De chaque point d’arrivée, il fait une étape, interroge, attend, impatiente lenteur. « Une goutte de lueur / tombe de l’arbre. » Le voyageur paisible frémit, laisse évaporer le trop-plein de paroles qui brouille l’émotion pour que s’accomplisse la bouleversante naissance du verbe, cette promesse de l’éternité.
 Lire Le point vif le cœur grand ouvert pour passer à son tour « sous la reliure des mots » et, peut-être, comprendre un peu mieux, un peux moins mal le spectacle du monde.