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Un Cahier de pivoines

 Ce mince recueil de poèmes est une véritable merveille, une corbeille de délices. On peut sauter d’une page à l’autre en riant de plaisir. Tant d’effronterie, de liberté, de gaieté, de sauvagerie amoureuse ! La passion, la douceur, la volupté, la délicatesse, la gourmandise des yeux, l’émerveillement ! « Pivoines brûlant solitaires / Exubérantes alanguies / Grain d’orage Tout est fini / Bouillie de satin et de terre. » Et puis les combinaisons exquises d’images, de rythmes, de sonorités. Les vers sautent à cloche-pied, comme des petites filles-fées, gracieuses, prestes, aussi légères que la brise qui caresse leurs pétales, leurs lèvres aguichantes et rieuses. « Toute fadeur nous injurie / Crêtes de pourpre de fierté / Mèches à peine parfumées / Elles sortent filles qui rient. »
 Trouvez ici un art très rare aujourd’hui (ô Louise Labé !) d’inventer la transparence dans le raffinement, la voix qui se porte en avant des mots, qui les entrelace avec un insolent, étincelant bonheur. « Pivoines affamées de feu / Poudre au ciel jetée par la terre », certes pour elles le temps est court, et elles le savent. « Plus que peu de jours tête haute / Impératrices en jupons / Se sont sauvées pour un garçon / – Ma robe est rouge Qui me l’ôte ? » Elles font saliver nos regards. « Et gâter le feuillage nu / De vos friandises fram-boises / Quant au vent s’il vous cherche noise / C’est qu’il vous aime et n’en peu plus. » La chair de l’âme enfouit son visage dans ces « garces attendries ». Pas de danger qu’on les oublie. L’été qui les emportera ne pourra rien contre elles, elles abritent dans leur « prière » un autre Printemps éternel...