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Trois Rhénans

 Bien dans l’esprit de la collection des Carnets spirituels qui propose, dans une présentation soignée, des textes mystiques inédits ou introuvables, voici trois volumes parus dernièrement.
 Les Légendes, au nombre de neuf, ont été tirées de différentes éditions allemandes de l’oeuvre du Maître. "Par un savoureux retournement de situation, explique G.P., c’est bien souvent Maître Eckhart qui joue, dans les Légendes, le rôle de ces clercs ... qu’ il a lui-même si souvent raillés." Elles nous montrent en effet Eckhart dialoguant avec une jeune fille, un enfant nu, un homme pauvre ou autres personnages inattendus dont les propos sont "le plus souvent de la plus pure inspiration eckhartienne". Les notes citent d’ailleurs des passages des Sermons où les mêmes idées se retrouvent, sur le "sans pourquoi" de toute chose, l’engendrement du Fils en nous-mêmes, la pauvreté intérieure, la véritable liberté... Le dernier mot, toutefois appartient à M. E, à qui ses amis qu’il s’apprête à quitter demandent un cadeau d’adieu : "Il arrive bien souvent que ce qui nous semble le plus minimeest plus grand devant Dieu que ce qui nous semble digne de la plus haute estime. C’est pourquoi nous devrions recevoir comme égales toutes les choses auxquelles Dieu nous soumet."
 Pour Jean Tauler, les textes du volume sont extraits du t. 7 des Oeuvres complètes publiées en 1912, et ils sont "attribués" à Tauler, ce qui n’a rien de surprenant quand on sait comment les textes nous sont souvent parvenus dans des transcriptions par les disciples du Maître. Cela ne leur ôte rien de leur valeur ni même de leur "authenticité". On retrouve les grands thèmes de la nudité intérieure, de l’immersion en Dieu, de la vraie pauvreté "qui reçoit tout des mains de Dieu, sans la moindre rancoeur, dans le repos et le silence, sans que rien puisse la trouble".
Conseils et exhortations et seize Lettres complètent ce volume apaisant, à méditer dans le calme.
 Le volume consacré à Ruysbroeck présente des morceaux choisis extraits de trois sources différentes. La Vie de contemplation dans la traduction de Maeterlinck est une version moins rigoureuse, certes, que celle de Dom Louf parue récemment chez Bellefontaine, c’est plutôt une curiosité littéraire. Les deux autres textes (les deux Cantiques spirituels d’après une adaptation en latin car l’original est perdu, et La Prière de Jésus) proviennent l’un d’oeuvres choisies, l’autre d’une anthologie et sont peu accessibles. Bonne occasion de les découvrir, ils contiennent des perles ! "Celui qui foule les sentiers de l’amour se porte bien au fond de lui-même. Il entend la voix mystérieuse qui dit toutes choses en une parole."