Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Trois dévots païens

 Heureuse itiative qu’ont prise les éditions Arfuyen en rééditant le livre ancien du P. Festugière Trois dévots païens. Firmicus - Porphyre - Sallustius. Ce grand helléniste (1898-1982), auteur de plus de septante ouvrages, dont la monumentale Révélation d’Hermès Trismégiste, s’était spécialisé dans l’étude de la religion personnelle des Anciens : "Un certain accent pareil, de piété clame et sereine, où se mêlent, à doses inégales, l’élan vers les choses divines, la résignation aux maux inévitables, la force d’âme qui vainc la douleur. (...) Une commune persuasion que les valeurs les plus hautes sont celles de l’esprit ".
 
Les trois mystiques évoqués furent de grandes figures du Paganisme tardif. Firmicus Maternus tout d’abord, astrologue, sénateur, auteur d’un traité intitulé Mathèsis, et, hélas, du fameux De errore profanarum religionum, où, pour citer Festugière, il se montre "chrétien résolu, imbu d’une ardeur farouche et d’un esprit de revanche qui attristent chez un disciple de l’Evangile". Firmicus est en fait un renégat, un converti qui brûle ce qu’il a adoré, et notamment le Mithriacisme. Son dernier livre est un "manuel d’intolérance" (G. Boissier), dans lequel l’auteur incite les empereurs chrétiens Constance et Constant à éradiquer le Paganisme : "celui qui sacrifie aux Dieux sera déraciné de la terre". Mais avant de trahir, Firinicus a chanté Sol Invictus. Ecoutons-le : "Soleil souverainement bon, souverainement grand, qui occupes le milieu du ciel, intellect et régulateur du monde, chef et maître suprême de toutes choses, qui fais durer à jamais les feux des autres étoiles en répandant sur elles, en juste proportion, la flamme de ta propre lumière, (...) vous enfin, fidèles compagnons du Soleil, Mercure et Vénus...". Le second est le divin Porphyre, auteur du Contre les Chrétiens, et surtout de la Lettre à Marcella, que Festugière considère comme le testament spirituel de l’Hellénisme : "Voici en effet le fruit principal de la piété : rendre un culte à la Divinité selon les coutumes des pères, non qu’elle ait besoin encore de cet hommage, mais parce que, dans sa majesté toute vénérable et bienheureuse, elle nous invite à l’adorer. Les autels de Dieu, on ne perd rien à les servir, on ne gagne rien à les négliger, mais quiconque honore Dieu comme si Dieu avait besoin encore de cet hommage, se tient, sans qu’il s’en rende compte, pour plus grand que Dieu. Ce n’est pas la colère des Dieux qui nous blesse, mais notre propre ignorance des choses divines. La colère est étrangère aux Dieux. Car il n’y a colère que si l’on s’oppose à no vouloir ; or, rien ne s’oppose au vouloir de Dieu".
 
Quant au troisième, c’est le cher Saloustios, l’ami de julien, notre empereur, et l’auteur d’un petit traité de théologie païenne Des Dieux et du Monde. Saloustios était issu d’une ancienne famille installée en Gaule depuis longtemps. Haut fonctionnaire, il sera aux côtés de Julien sur tous les fronts, jusqu’à la mort de l’autocrate. Il compose un petit "catéchisme" à l’usage des hautes castes de l’Empire, que le Père Festugière, décidément fasciné par l’Hellénisme, a fort bien traduit : "Qu’en certains lieux de la terre il y ait des gens qui ne croient pas aux Dieux et qu’il doive y en avoir souvent encore après nous, ce n’est pas là chose propre à troubler les gens sensés. Cela n’affecte pas les Dieux pas plus que, on l’a dit, les honneurs ne leur profitent".
 
Tous nos amis se procureront ce livre à la belle couverture ivoire et qui est une parfaite initiation à la mystique païenne.