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Tout entier visage

 Parallèlement à ses célèbres essais de linguiste, Henri Meschonnic poursuit une œuvre poétique, commencée avec Dédicaces proverbes en 1972. Tout entier visage (Arfuyen) fait la meilleure place au moindre mot, mais le mot aujourd’hui se dérobe, même le silence n’est pas sûr, et le poète semble à la dérive entre deux écueils.
 je ne sais plus qui parle
 qui couche se lève dans ma bouche
 se taire n’est pas assez
 parler est de trop
 je me cherche entre les deux
 comme pour voir les yeux se ferment
 mais je te trouve
 je n’ai plus besoin de dire
 L’oreille pleine du bruit du monde, le poète attend, comme savant de ce qu’il ne sait pas, possédant des mots pour se taire, nous disant parfois son mal à pressentir ce qui vient, « à vivre tant d’infini ». Ce sont tous ces aveux repris, fragmentaires, glissant sur le fil des regards et des instants, qui nourrissent le livre. Henri Meschonnic les délivre avec une attention également juste pour les moindres soubresauts de sa conscience et pour la langue qu’ils tâchent d’emprunter au plus bas, c’est-à-dire au plus secret.
 parce que plus il y a de 
 silence dans un mot plus il 
 va loin sous le bruit 
 des langues