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Tours de silence

 Àngel Bonomini (1929-1994) a été un critique de littérature et d’art, un auteur de nouvelles fantastiques dont la réputation a dépassé de loin l’Argentine, un poète dont l’ouvre est d’un ton tout différent : dépouillé, presque incolore, orienté dans le sens d’une quête spirituelle. Laquelle ? Celle de « la vérité insaisissable / sinon par la présence de l’amour » qui demeure « au fond secret des choses » dans « l’imperturbable sérénité du silence ».
 On a pu le comparer à Roberto Juarroz et, d’une autre façon à Borges, ses compatriotes.Les deux recueils Torres para el silencio (1988) et Lo oculto y lo manifiesto (1991) nous sont proposés en édition bilingue par Silvia Baron Supervielle et les éditions Arfuyen dans leur belle collection Neige.
 Le premier de ces recueils nous étonne par sa clarté. Il invite à un retrait à l’égard des mouvements et de l’aménité du monde, des repré¬sentations et de la beauté ; à une acceptation du creux en soi, de l’oubli, du non-agir, de la perplexité, de la diaphanéité et surtout du silence. Avec un curieux échange entre la forme qui doit s’effacer et le rien d’où quelque chose surgira. Cela, afin de pressentir que « Dieu se cache dans ses traces ». Attention ! Il ne s’agit pas tant de trouver que de faire en sorte « que la quête soit la chose trouvée » et de comprendre que ce qui nous unit, c’est « une identique attente, / la certitude de la rencontre impossible ».
 En regard de celui-là, le second recueil est moins unifié et fait penser à une collection de poèmes réunis au nom de la même quête fondamentale, avec une grande insistance sur l’unité, l’harmonie, la tension vers la « réalité insaisissable », une « forme / d’éternité », le mystère « pur / et impénétrable. Mais toujours dans l’ambiguïté » entre le vide et le plein : « La présence concrète / ou le vide de Dieu. / Cela revient au même, / l’âme le sait bien :/ Son Absence est sacrée aussi ». Oui, c’est très beau de le dire ainsi, car quelque chose d’essentiel au sujet de Dieu est célébré ; c’est aussi rendre justice à tant d’êtres dont la quête n’aboutit apparemment pas. Mais cela ne revient pas tout à fait au même, si du moins l’on a une fois laissé la porte ouverte à l’avènement de la Présence.