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Théophanies

 À travers ces deux recueils de poèmes en édition bilingue, le lecteur aura le loisir
de se familiariser avec une partie de l’oeuvre de Angel Crespo, poète méconnu du public français, faute de traductions. Aussi convient-il de saluer en soi l’initiative de cette version française qui conjugue d’heureuses trouvailles à des choix de traductions plus contestables. Les « théophanies » que propose le premier titre convoquent en nous l’image d’un dieu (theos en grec) lumineux (phanos en grec) dont les apparitions constitueraient autant d’épiphanies. Le titre remplira ses promesses : un dieu/déesse nous apparaît au fil de poèmes où l’ombre le dispute à la lumière. Lumière et obscurité se fondent, se superposent, communient à satiété.
 Le poème inaugural est de ce point de vue exemplaire. Il prend des accents mystiques à la saint Jean de la Croix. L’obscurité convertie en clarté de ce poème ou encore « les regards de claires ténèbres » du poème final ne sont pas sans rappeler la claridad oscurecida du grand mystique espagnol. Néanmoins, cette poésie du jour et de la lumière, de l’obscurité et de la nuit, sait aussi se métamorphoser en poésie irisée où viennent se nicher, dans un espace qui
échappe à la lumière et à l’ombre, toutes les nuances de couleurs : chatoiement d’un plumage, d’une lueur, de la nature dans son infinie variété, d’une parure de déesse.
 On l’aura compris, la poésie de Crespo est fondée sur le paradoxe oxymoronique. Dans le Livre des odes aussi, les silences deviennent sonores, l’éternité lumineuse et obscure à la fois, et la présence divine se mue en absence. Si le premier recueil constituait une succession d’états de grâce, désormais le poète appelle de ses voeux le dialogue avec une déesse inaccessible et toute-puissante. Cette quête se fragmente en interrogations multiples et en célébrations de la vie, du monde, de l’air, de la lumière et de la poésie.