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Théophanies

 Le verbe est ici un creuset de lumière et d’obscurité. Le pouvoir de nommer est associé au doute (ce qui ne le fragilise en rien) : « Je leur donne / un nom - mais la lumière n’en a aucun / qui ne soit obscur ». Les noms vivent de leur insuffisance et de leur approximation ; de même, leur utilisateur est conduit à constater qu’il nomme par défaut, qu’il n’est pas lui-même cette lumière revendiquée mais refusée : « Cependant je nomme ma lumière / celle que je ne possède pas encore / comme les dieux ».
 
Cette dialectique de la lumière et de l’obscurité sous-tend la démarche contradictoire de l’écriture vers « plus de lumière » : « J’écris sous la menace / d’une lumière qui anéantit le feu / comme une ramure : comme le feu lui-même / enténèbre la verdeur des arbres » Pour Angel Crespo, la lumière n’est que parce qu’elle se consume, que parce qu’elle produit sa fin, sa négation, non pas pour produire son négatif, « l’obscurité », mais son épurement, son évidement, « la clarté ». 
 La démarche ce ce poète, disparu en 1995, est une des plus construites et des plus cohérentes que l’on puisse lire aujourd’hui, en même temps qu’elle renoue avec une « révolte », une « irréductibilité » au monde donné : « Si je mets le monde que j’ai / devant le monde qu’on me donne, / (... ) si je les mets l l’un devant l’autre, / ils ne coïncident jamais. »