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Testament de feu

 Après plusieurs parutions en revue ou dans des anthologies, puis un premier recueil, voici une grande collection en volume des poèmes de Krzysztof Kamil Baczynski. Ce jeune homme, né en 1921, mort à vingt-trois ans sur les barricades de l’insurrection de Varsovie en août 1944, n’est pas seulement une figure emblématique, mais aussi un vrai poète qui a laissé un œuvre originale et riche. Un chrétien non conforme, doutant, angoissé, mais consciemment engagé, influencé par Mounier. Un poète marqué par la lecture assidue de Baudelaire et de Rilke, de Slowacki et de Norwid.
 Le présent choix de poèmes va de 1939 à 1942, et il est accompagné de quatre proses et de deux lettres à Basia, sa femme, qui mourut elle aussi, enceinte, trois semaines après lui, par suite de ses blessures. Un poète vigoureux, assurément, et l’on se dit en lisant ce recueil que nous n’avons que les balbutiements de ce qui semble promettre de devenir une œuvre de grande envergure. Une œuvre dans laquelle la préoccupation religieuse, tellement manifeste, pourrait demeurer vivante, alors que l’aspect épique voire apocalyptique, qui nous parle moins – mais ne se comprend que trop bien dans ce contexte –, pourrait s’apaiser.
 Est-ce que la lecture des poèmes de juin 1942 à 1944 dans le recueil naguère publié en Belgique confirme déjà ces vues ? Encore tourmentés, noirs (« l’horreur passera en nous quand passera la vie »), remplis de visions des cieux, d’anges et de démons, mais plus maîtrisés, marqués par un accent personnel qui s’affirme, la plupart de ces poèmes à partir d’ « Encore l’automne » (septembre 1942) font plus que de promettre : on découvre là une œuvre poétique exceptionnelle, qui est aussi un chant d’amour pour Basia, un cri vers Dieu (sous le signe à la fois de l’Homme de douleurs et du Juge de l’Apocalypse) et une tremblante espérance.