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Testament de feu

  II est des poètes aveuglants, après qui voir ne se peut plus comme avant. Des poètes en sang, poings levés sur les barricades (et dont la voix aussi est poing). Baczynski est parmi ceux-là. Implanté sur la terre tragique de Pologne sous le joug nazi, lançant comme défi dans le ciel la poignée d’air de sa parole, il dit – dans ce choix : quatre proses, et deux lettres, trente-sept poèmes – sa peine, sa colère et sa foi, son amour pour sa femme Basia. Et sait les yeux qui vont s’éteindre, le sens de mourir et souffrir, les cortèges noirs des corps brûlés.
 Il donne dès lors aux visages, semblables à des cristaux brisés, pleinement sens et humanité, en changeant en tristes cerfs blancs nos paroles (comme il l’écrit), en poings les étoiles, le soleil, en poissons apeurés les nues, et en rivière rosé un couteau.
 Ainsi, mystique, chrétien, bouddhiste, ce Testament (brûlant) de feu bouleverse-t-il profondément, d’un poète mort à vingt-trois ans.