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Testament de feu

 Le lyrisme, c’est d’abord et toujours le chant. Depuis Baudelaire puis Pierre Reverdy et la poésie moderne d’émotion concentrée, il a tendu à devenir un des moyens privilégiés d’expression du tragique de l’homme. Mais le chant qui dilate les poitrines et fait résonner les cuivres de l’héroïsme n’a pas pour autant complètement disparu.
 Le lyrisme de Krzysztof Kamil Baczynski, mort à 23 ans en 1944 sur les barricades de l’insurrection de Varsovie, se place dans la grande lignée des romantiques polonais, que domine au XIXe siècle la haute figure de Juliusz Slowacki. Testament de feu, qui rassemble des poèmes de 1940 à 1944, traduits par Claude-Henry du Bord et Christophe Jezewski, nous place au coeur même d’une apocalypse vécue comme une des pestes les plus noires qu’ait connues l’histoire humaine.
  Nous sommes là, plantés sur une terre tragique.
 Le champ de bataille fume : décoction de souvenirs et de songes fracassés. 
 Avec des questions visqueuses et sanglantes, 
 nous enlevons les casques soudés à nos têtes.

 K.K. Baczynski apparaît comme « le chevalier » inspiré par une foi chrétienne et une ardeur patriotique indéfectibles, « un chevalier des montagnes oubliées – qui croit en la résurrection des corps ». Ses visions font songer à un Agrippa d’Aubigné dont les flammes baroques seraient soulevées par une grande tempête surréaliste.
 Les rêves sont forts comme la foi. 
 Aux portes - des colonnes de feu. 
 La nuit monte en incendies,
 résurrection et crime.

 Les interrogations sur les siècles à venir claquent comme des étendards, les cieux s’ouvrent, les plantes, les bêtes et les choses entrent dans « une monstrueuse métamorphose ». Le poète-héros (héraut) va pleurer « en étoiles, en larmes ».
 « Homme entre les hommes »
, il annonce le printemps de Pâques, comblé de bénédictions, bénissant à son tour « ce jour qui est amour ». La poésie de K.K. Baczynski plonge ainsi superbement la tragédie humaine du xxe siècle, avec son propre drame personnel, dans l’éternelle jeunesse divine.