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Testament de feu

 La publication en édition bilingue du Testament de feu du poète polonais Krzysztof Kamil Baczynski, traduit par Claude-Henry du Bord et Christophe Jezewski avec la collaboration de François-Xavier Jaujard et Dominique Sila Kahn, va permettre aux lecteurs français de découvrir l’essentiel de l’oeuvre poétique de cet auteur majeur qui n’était connu, jusque-là en France, que par des extraits d’anthologies.
 Dans leur admirable préface, Claude-Henry du Bord et Christophe Jezewski rappellent que K. K. Baczynski, tombé à 23 ans sous les balles allemandes le 4 août 1944, lors de l’insurrection de Varsovie, appartenait comme Czeslaw Milosz et Bruno Schulz, au courant « catastrophique » qui a pressenti le désastre qui s’est abattu sur la Pologne, puis sur l’Europe en 1939. Le thème de la catastrophe est dominant dans Testament de feu, même dans les poèmes d’inspiration évangélique et amoureuse car le poète avait l’impression de vivre dans un monde : « où les incantations des hommes / conduisent Dieu enchaîné /sur la poitrine laiteuse de la terre /dans la faiblesse et la mort ». Ulcéré par l’impuissance de Dieu face aux forces destructrices des humains, le poète a développé à côté d’une foi chrétienne tragique, un scepticisme angoissé qui l’a mené à se demander si ce n’est pas « bel et bien Satan qui inventa le Christ / pour que chaque jour, vous puissiez tuer Dieu et tuer l’amour ».
 
K. K. Baczynski a pu néanmoins résister à la tentation du désespoir grâce à la croyance dans la résurrection par l’esprit et surtout à la foi dans l’amour qui lui a inspiré des poèmes vibrants pour sa femme Basia, morte enceinte trois semaines après son époux dans la même insurrection car : « aimer c’est créer ». Pour énoncer toutes ces visions, K.K. Baczynski a choisi une écriture fulgurante, tissée d’images et d’antithèses saisissantes : « plaies de feu » ou « larmes de fer », montrant ainsi, à l’instar des poètes antiques, qu’il savait tirer la beauté du désastre.