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Ishikawa TAKUBOKU

(1887 - 1912)

 lshikawa Takuboku est né en 1885 (ou 1886) près de Morioka dans la province d’Iwate au nord-est du Japon. Son père, qui avait alors la charge d’un temple bouddhique de l’école Soto, est nommé l’année suivante au temple Hotoku-ji de Shibutami, village qui restera pendant vingt ans le domicile de la famille.
 À dix ans Takuboku part poursuivre sa scolarité à Morioka où il est hébergé par son oncle maternel. Après plusieurs années de brillants résultats, il se détourne des études, se passionne pour la poésie nouvelle et anime un petit groupe littéraire.
 En 1902, il quitte l’école pour se rendre à Tokyo où il commence à fréquenter différents groupes poétiques. La maladie le force pourtant à regagner Shibutami. C’est alors qu’il prend le nom de Takuboku.
 Lorsqu’en 1904 éclate la guerre russo-japonaise, Takuboku a dix-huit ans. Il pratique le tanka, l’une des formes traditionnelles du poème court.
 Après ses fiançailles et un bref voyage dans le Hokkaïdo, il publie à Tokyo ses premiers poèmes.
 Son père, soupçonné de détournement de fonds, est démis de ses fonctions. Le soutien de la famille incombe dès lors à Takuboku qui cependant ne dispose d’aucun moyen de subsistance et commence à s’endetter. Il retourne dans le nord du pays, se marie et s’installe à Morioka.
 Après avoir quelque temps rédigé une petite revue, sa santé se dégradant il revient à Shibutami où il obtient en 1906 un poste d’instituteur. À cette époque il est attiré par le roman et fait paraître une nouvelle autobiographique, Soretsu (Le cortège funèbre), dans la revue du groupe Myojo.
 Démis de son poste, il se rend à Hakodate où il travaille à nouveau comme instituteur et crée une revue. L’incendie d’Hakodate le contraint à partir pour Sapporo où il trouve un emploi dans un quotidien local, emploi bientôt quitté.
 Il démissionne à nouveau d’un journal de Kushiro, dans le Hokkaïdo, pour aller accomplir à Tokyo son « destin d’homme de lettres ». Dès novembre 1908, le Maïnichi Shimbun publie en feuilleton une nouvelle de Takuboku. Il participe à la création de la revue Subaru et est engagé comme correcteur au Asahi Shimbun.
 Sa famille vient le rejoindre à Tokyo mais ses conditions d’existence, aggravées par la maladie, sont de plus en plus précaires.
 En 1910, le Asahi Shimbun le charge de s’occuper de sa rubrique poétique. La même année est publié son recueil, Ichiaku no suna (Une poignée de sable), à cinq cents exemplaires. A la même époque, l’intérêt que depuis 1908 il éprouve pour les idées socialistes fait place à un engagement clairement affirmé.
 En 1911, son état de santé empire et il doit être hospitalisé.
 Il meurt l’année suivante, en 1912, dernière année de l’ère Meiji, dans sa vingt-septième année, il meurt, peu après sa mère, le 13 avril.
 En juin paraît le recueil Kanashiki gangu (Le jouet triste) dont le titre à lui seul résume le sens que Takuboku donnait à la création poétique.

 

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Ceux que l’on oublie difficilement

1° éd.


Ceux que l’on oublie difficilement

2° éd.


Fumées

Ceux que l’on oublie difficilement

3° éd.


L’Amour de moi

Fumées

Une plainte désespérée

Fumées

Fumées

Ceux que l’on oublie difficilement

PETITE ANTHOLOGIE

Ceux que l’on oublie difficilement
Traduit par Alain Gouvret, Yasuko Kudaka et Gérard Pfister
(extraits)


À Ishikari sur la clôture de la gare de Bikuni
des toiles rouges
séchaient

*

Qu’elle est triste la ville d’Otaru
dans les voix rocailleuses
de ces hommes qui ne chantent pas

*

L’enfant sur le dos elle m’accompagnait
dans la gare des bourrasques de neige s’engouffraient
– le regard de ma femme

 


*

Cet ami que je suis venu à haïr
longuement j’ai serré sa main
au moment de nous séparer

*

Vieilli par les voyages
lorsqu’il est ivre il récite
un poème chinois écrit il y a dix ans

*

À chaque inspiration
mes narines se glacent
je voulais tant respirer l’air froid


Fumées
traduit par Alain Gouvret, Pascal Hervieu et Gérard Pfister
(extraits)

Ma sœur avait un amoureux
je me rappelle avec tristesse mon amitié
pour son jeune frère maintenant disparu

*

À la fin des vacances
la jeune enseignante d’anglais
n’a pas reparu

*

Quand venait l’exaltation il pleurait
agitait les mains, il parlait
comme s’il était ivre

*

Il venait à ma rencontre
se frayant un chemin à travers la foule
avec son bon vieux bâton

*

Jusqu’au chignon
que portait au village la femme du médecin
je le regrette

*

Lui qui était malade des poumons
il se rendit au bureau du village
et y mourut


L’amour de moi
traduit par T. Takahashi et T. Trubert-Ouvrard
(extraits)

Sur la plage de sable blanc
d’une petite île de la mer orientale
baigné de larmes, je joue avec un crabe

*

Si les jeunes filles m’entendaient pleurer
elles diraient
C’est un chien malade qui hurle à la lune

*

Pour si peu de chose mourir
vivre pour si peu de chose
ah ! cesse de discuter

*

Cet homme qui lorsqu’il est triste
sort faire un tour sans raison
celui que je suis devenu depuis trois mois

*

D’une tige de bambou consciencieusement
il frappait le chien
Je trouvais joli son visage d’enfant