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Sur le seuil invisible

Du 15 septembre 2007 au 16 juillet 2008, quelques jours avant sa mort, Alain Suied a posté sur son blog, presque au jour le jour, des poèmes, des notes sur la poésie. Ce sont ces textes que publie Gérard Pfister et qui permettent de découvrir ou de redécouvrir un poète dont l’œuvre est fondée sur l’altérité, l’humanisme et la célébration de la poésie.

Dans un texte en prose, à propos de Poésie et crise de la poésie, Alain Suied écrit en conclusion : « La transmission à l’autre est la raison d’être et non la limite de la seule langue universelle : la Poésie ! » De nombreuses réflexions affirment la confiance qu’Alain Suied entretient à propos de la poésie dont la parole constitue le seul moyen essentiel d’accéder à un idéal : « Le Poème dévoile / sans l’étreindre / l’évidence du mystère », écrit-il. C’est cette voie que, tout au long de sa vie, il s’est efforcé de suivre.

Pour le poète qu’il est, Alain Suied se livre ici tout entier à une quête qui ne cesse de s’affirmer, quête de la vérité, dont le héros malheureux est Hölderlin : « Oui, Hölderlin, tu as tenu ta route / qu’ils ont nommé folie et qui est vérité », de l’espérance, incarnée par Abraham, mais aussi quête spirituelle qui est celle de la lumière. Toujours dans un poème intitulé « Abraham », il écrit : « Mais tu avances, tu le sais / vers l’autre versant de la lumière. »

La parole d’Alain Suied est tout entière chargée d’un altruisme qui le porte vers l’infini au-delà de toute souffrance. Pourtant il ne faudrait pas voir dans ces poèmes que l’expression d’un dogmatisme. Chez Alain Suied, la générosité, l’appel à la vie résonnent que ce soit dans ses poèmes ou dans ses proses, et s’il définit la mission du poète c’est pour affirmer qu’elle est « dans la transmission du frisson d’exister, dans le refus de l’illusion et de l’idole, dans la conscience revivifiée du premier et du dernier sentiment du monde : ente non-savoir et évidence de l’Infini. » D’autres sentiments parcourent ces poèmes qui, à l’écart de toute réflexion métaphysique, se portent vers la simplicité tant dans l’écriture que dans le choix des sujets. Ainsi est célébrée à plusieurs reprises l’enfance en des termes soulignant l’allégresse : « Alors, enfants riez, / dans les éclats solaires de la joie / riez dans la familière évidence ! »

À la lecture de ces poèmes, la parole d’Alain Suied se charge d’une force rare : la poursuite d’un idéal par la parole que véhicule le poème, lieu de rencontre des humains et qui les guide vers le secret de l’être que notre temps semble décidé à refuser. Cette mission, le poète est chargé de l’accomplir au nom de tous.