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Sur la naissance de Dieu dans l’âme

 Le texte des quatre sermons de Maître Eckhart, Sur la naissance de Dieu dans l’âme, a été publié pour la première fois par Franz Pfeiffer, en 1857, à Leipzig, dans l’édition Deutsche Mystiker des vierzehnten Jarhrbunderts. Il ne portait pas de titre, seulement une épigraphe "Voici Maître Eckhart à qui Dieu ne cacha jamais rien ", celle même qui précède Les Dits de Maître Eckhart.
 On doit à Georg Steer l’identification des Sermons 101 à 104 et leur édition scientifique de référence (Stuttgart, 2002-2003). Il a également traduit en allemand moderne le Sermon 101. Et voici donc, pour la première fois traduits en français, ces textes essentiels pour la compréhension de la pensée du mystique rhénan.
 Il est difficile de leur attribuer une date : s’agit-il du séjour à Strasbourg lorsque Eckhart est chargé de la direction spirituelle des moniales et des femmes des quatre-vingt-cinq béguinages de la ville, dans les années 1313 à 1324 ? ou bien, comme on aurait tendance à le penser dans les recherches les plus récentes, du temps d’Erfurt où il fut prieur des dominicains dès 1294, puis provincial de Saxonia, à partir de 1303 ? G. Steer et B. McGinn (New York, 2001) penchent pour les années 1303-1305 car les questions des Sermons 102 à 104 relèvent des disputationes parisiennes (Eckhart a obtenu en 1302 la maîtrise en théologie de l’université de Paris) plus que des interrogations des novices, en particulier la question sur "l’intellect possible" ("avant même que rien ne soit commencé par l’esprit et accompli par Dieu, l’esprit a déjà l’intuition [...], à titre de possibilité, de tout ce qui [...] pourrait se produire", p. 123). Le Sermon 101 constitue, à lui seul, un traité "sur la naissance de Dieu dans l’âme". Prononcé à l’occasion de Noël, il ne traite pas du thème classique des trois naissances mais de la naissance éternelle. "Que cette naissance se produise en moi, c’est cela qui importe" (p. 35). Noël n’est pas un événement du passé mais un événement actuel où agit "Celui qui est devenu enfant de l’homme pour que nous devenions enfants de Dieu" (p. 88). Il s’appuie sur l’Introït de Noël, un verset du livre de la Sagesse (18,14) qui associe "le silence paisible de la nuit" et "la Parole qui s’élance du trône royal". Il s’interroge sur "le lieu de cette naissance" –l’essence de l’âme en ce qu’elle a de plus caché, sur l’attitude à adopter – l’accueil, le silence, le " pâtir Dieu " (gotlîden) et sur ce qui en découle – la nescience : "Il nous faut devenir connaissants de la divine ignorance" (p. 84). Les Sermons 102 à 104, construits comme réponses aux questions des auditeurs (qui sont-ils ? impossible de le déterminer avec certitude), s’étendent sur le lieu de cette naissance, occasion pour Eckhart de développer une théologie de l’image développée par les Pères de l’Église et les médiévaux à partir du texte de la Genèse (1, 26).
 Cette réflexion sur l’homme, image de Dieu, est présente dans le Commentaire de l’Évangile de Jean, une oeuvre majeure d’Eckhart. On comprend par là que ce petit livre est précieux à bien des égards y compris par son format et l’élégance de son impression.