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Sur la naissance de Dieu dans l’âme

 Petit traité sur la naissance de l’âme présentée comme incarnation continuée du Verbe par la filiation divine en nous, ce texte ne porte pas de titre, mais seulement une épigraphe (la même que celle des Dits) : « Voici Maître Eckhart à qui Dieu ne cacha jamais rien » (cf. p. 156). « Grâce à trente années de patientes études réalisées par Georg Steer... ces sermons sont identifiés comme étant non seulement d’Eckhart, mais peut-être aussi les seuls écrits de sa main qui soient parvenus jusqu’à nous » (p. 7-8). Georg Steer en assura l’édition scientifique en 2002-2003 (cf. p. 156). Ils sont traduits ici pour la première fois en français.
 La pensée d’Eckhart s’appuie ici sur la notion d’image (Gn 1,26) orientée vers Dieu (l’esse ad d’Augustin), théologie de la grâce s’achevant en méditation trinitaire qui « rejoint là les grandes intuitions de la théologie orientale de la divinisation et développe, à sa manière, une théologie mystique de l’Église d’Occident » (p. 30).
 Le prédicateur part du mystère de Noël. Le Sermon 101 s’entonne au milieu du silence paisible de la nuit de Noël, alors que la Parole toute-puissante s’élance du trône royal (cf. Sg 18,14). Les trois Sermons suivants semblent répondre en dialogue à des questions suscitées par le premier, sorte de discours-programme, et adressées sans doute à Eckhart par ses auditeurs « instruits et éclairés » (p. 148, vers la fin du Sermon 104).
 En résumé, Eckhart envisage trois points : le lieu de cette naissance, comment l’homme doit s’y comporter et le profit qu’il en tire (« Par cette naissance Dieu se répand dans l’âme avec sa lumière, qui grandit telle¬ment dans l’essence et le fond de l’âme qu’elle s’élance et déborde dans les puissances et dans l’homme extérieur », p. 70). Les spécialistes, se basant sur ces problématiques (notamment celle de l’intellect possible), en viennent dès lors à dater ces textes des années 1303-1305 (p. 18).
 Il faut remarquer le soin avec lequel ces ouvrages sont édités : magnifique disposition des pages et beauté discrète et fascinante de couvertures aux dessins légers et aux couleurs nuancées qui rappellent les Vosges qui les ont vu naître.