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Sur la naissance de Dieu dans l’âme

 Les études eckhartiennes sont enrichies désormais de la traduction des sermons allemands 101 à 104 grâce au travail de Gérard Pfister. Ces sermons, déjà présents dans l’édition de Franz Pfeiffer, ont été identifiés par Georg Steer comme étant d’Eckhart et peut-être comme étant les seuls écrits de sa main parvenus jusqu’à nous.
 Cette traduction permet de jeter un nouveau regard sur l’oeuvre du Thuringien. Marie-Anne Vannier souligne dans sa très belle préface que l’apport de ces sermons, auxquels il faut joindre les Sermons 105 et 106, est décisif concernant l’interprétation de la pensée du maître rhénan. La pointe de celle-ci se trouve dans la notion d’ « incarnation continuée ». L’incarnation est moins considérée comme un événement historique que comme une réalité qui concerne chaque homme : la naissance du Verbe se réalise en nous maintenant encore si nous l’accueillons.
 Ces sermons témoignent de la dimension mystique – contre l’interprétation de Kurt Flasch – et sotériologique de l’oeuvre du frère prêcheur. Par leur structure, écrit la préfacière, ils se présentent comme « un véritable petit traité sur la naissance de Dieu dans l’âme » et elle souligne qu’un « tel mode de composition est une nouveauté dans l’oeuvre d’Eckhart ». C’est dire l’importance de cette publication qui facilitera, en l’appelant, une étude sur l’originalité du propos : la naissance éternelle du Verbe en nous. 
 Tel est le coeur de la pensée de Maître Eckhart, dont la doctrine a pu faire l’objet de réserves sur sa totale orthodoxie tout en ne doutant pas de la bonne foi du grand chrétien qu’il fut. (...)
 S’unir à Dieu, tel est le désir le plus ardent du mystique. Eckhart n’a pas visé autre chose. Sa doctrine enseigne le complet dépouillement de soi-même et de toutes choses pour s’élever et s’approprier à Dieu en s’abandonnant à lui avec une foi entière et un parfait amour. Elle exprime le dessein du maître rhénan et le programme d’une vie. Ce dessein et ce programme vécus par lui avec un élan dont nul ne peut douter de la sincérité se heurtent cependant à une limite doctrinale, celle qui affirme la naissance éternelle du Fils comme devant avoir nécessairement lieu dans le fond de l’âme.
 Aussi partagera-t-on l’admiration de Marie-Anne Vannier, qui voit dans Eckhart un des génies du christianisme (p. 31), mais en ajoutant que le christianisme renferme quelque chose d’encore plus génial, à savoir, que le salut s’opère non par l’intellect mais par la grâce qui est un don qui n’oblige pas Dieu.