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Sur l’oraison de repos et de silence

Dans la galerie d’illustres jésuites, le père Àlvarez occupe assurément une place singulière. Ses écrits, présentés par son biographe jésuite, le père Luis de la Puente nous rendent compte d’un épisode décisif dans l’histoire de la Compagnie. Le Père Àlvarez a une vie spirituelle profonde et une connaissance remarquable des voies d’oraison et des principes de direction qu’on peut y trouver. Ce sont elles qui feront de lui le confesseur préféré de Thérèse d’Avila. Il décrit son oraison de « simple présence de Dieu » en tant qu’elle prépare immédiatement la contemplation infuse jusqu`à ses degrés supérieurs.

Dans une période où la Compagnie posait ses propres fondements et s’enracinait dans les Exercices de saint Ignace, le père Àlvarez eut à se justifier par deux fois devant ses supérieurs afin de montrer non seulement les avantages de sa méthode mais aussi sa conformité avec l’esprit de la Compagnie. Il a été obligé pendant un temps d’abandonner cette pratique et de ne pas la proposer à ses disciples. Il s’est soumis à la décision de ses supérieurs, même si cette décision de la part de la Compagnie n’a pas été définitive.

Ces textes du P. Àlvarez nous plongent ainsi au cœur de l’histoire de la Compagnie et de celle de l’histoire religieuse de l’Espagne du XVIe siècle. L’argumentation de cet auteur spirituel est à la fois mesurée et courageuse : « Il est pourtant vrai de dire que cette voie ne convient pas à tous. La voie commune est celle qu’a tracée saint Ignace ; mais la méthode dont je parle doit être embrassée par ceux que Dieu appelle spécialement à le suivre, et par ceux qui se sont longtemps exercés dans la méditation, en prenant l’avis de leurs directeurs » (p. 54).

Mais outre la question de méthode, le P. Àlvarez décrit la saveur ineffable de la rencontre avec Dieu, car « lorsqu’une âme a trouvé Dieu à force de le chercher, que peut-elle faire de mieux que de jouir de sa présence ? » (p. 50). Finalement ces écrits spirituels nous montrent à la fois la difficulté de la transmission de l’expérience spirituelle mystique et la rareté de ce genre de maîtres à toutes les époques.