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Sur cette terre à nous prêtée...

 Le nom de ce prince chichimèque, qui vécut au quinzième siècle (1402-1472) et fut roi de Texcoco, signifie Coyote famélique. Texcoco, formait avec Mexico-Tenochtitlan et Tlacopan, une triple Alliance qui menait des « Guerres fleuries » de manière à faire prisonniers de futures victimes sacrifiées au dieu Uitzilopochtli. Le seigneur guerrier n’en était pas moins poète, à l’instar d’un roi David nous précise l’un des traducteurs du nahuatl, Jean-Claude Caër, et selon une lecture faite à Wittgenstein, une manière de roi-philosophe à la Qohélet.
 Sa présentation, Dans la contemplation des cimes, est suivie d’une substantielle introduction de Pascal Coumes de manière à éclairer le contexte, qu’il s’agisse de l’histoire, de l’organisation sociale, de la pratique poétique, de la langue, et plus précisément en ce qui concerne l’œuvre traduite ses thèmes : le dieu, le destin de l’homme, la poésie elle-même. Le commentaire du poème 28 explicite plus particulièrement dans quelle sorte de théo-cosmogonie s’inscrit la poésie de Nezahualcoyotl, avec l’image de « L’Arbre fleuri », la maison de l’univers étant comparée à un arbre, dont chaque homme est une fleur :
  « L’Arbre fleuri est un arbre intérieur, auquel on s’identifie individuellement et collectivement. Il donne naissance au “rayon du chant”  : origine mythique et divine de la poésie, il grandit l’homme et l’élève à sa plus haute potentialité ; il est aussi nourriture des dieux, des oiseaux qui les symbolisent : la calandre de l’aube (le zacuan), et le quetzal. » Le poète est alors l’homme dont l’ivresse poétique mène au lieu de l’immortalité.
 Ces informations sont précieuses, pour mieux saisir encore des vers où "éclate la profondeur de la pensée" et le traducteur ajoute "souvent dans une quasi-banalité formelle" qui en est le signe de grandeur poétique.
 Ainsi, ce chant qui échappe à la déploration, qui est le lot de la majorité de ceux qui nous sont proposés (malgré les éclats de beauté), invitant à goûter l’instant précaire : « Frappe haut / Ton tambour fleuri. / Toi qui chantes, / Frappe tes maracas fleuris ! / Ainsi se répandent les fleurs de maïs grillé / Et les fleurs de cacao, / Qui tombent ici en pluie, / Au son des tambours. / Que la joie soit en nous ! / [...] Ainsi je les écoute, / L’Arbre fleuri et les tambours. / Avec eux il vit, il vit, / L’oiseau précieux aux plumes rouges ... / En lui, il s’abandonne, Nezahualcoyotl. / Il va chantant ses chants fleuris, / Dans la jouissance des fleurs. »
 La lecture de l’ouvrage que les éditions Arfuyen mettent aujourd’hui à la disposition du lecteur, après qu’il a connu une première publication par les éditions Obsidiane en 1985, pourra être complétée par celle de La Fleur, Le chant, traduction de In xochitl in cuicatl, l’accolement des deux mots signifiant en nahuatl la poésie, un ouvrage de Patrick Saurin, avec un avant-propos de Claude Louis-Combet, aux éditions Jérôme Millon, 2003.