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Spiritualité gastronomique

 Le Civet de lièvre de Jean Geiler de Kaysersberg fait suite à La Nef des Sages, recueil de sermons dont il a été question sous une précédente rubrique. Ici, le grand prédicateur de la Cathédrale de Strasbourg se base sur une recette bien connue des ménagères – mais aussi des couventines – pour exhorter ces dames à plus de contenance dans les moeurs et de piété dans les coeurs. Les différentes étapes de la préparation du civet illustrent le cheminement d’une âme chrétienne vers la perfection. Cet ouvrage a obtenu le Prix Nathan Katz 2008 pour la traduction de Christiane Koch.
 Pourquoi Geiler de Kaysersberg a-t-il choisi un lièvre ? Car l’être humain « est comparable au lièvre. Pourquoi ? Parce qu’il est craintif, et le premier mouvement qui le porte vers Dieu, c’est la crainte ». Le prédicateur s’adresse à la fois aux religieuses dans le coeur et aux laïcs assis dans la nef de la cathédrale. Il les tutoie dans un alsacien rustique dont Christiane Koch a su traduire les nuances et la saveur.
 Geiler illustre son traité en quatorze caractéristiques qui sont autant de métaphores délectables : larder le lièvre pour qu’il « ne brûle pas au feu » et pour « que tu sois lardée et fortifiée par la graisse de la méditation et de l’amour ». Ou assembler les religieuses en « brochettes » afin que la graisse de la foi de la plus ferme goutte sur celle qui en est moins bien dotée. 
 Un ouvrage qui se lit sans mal, à la fois drôle et bourré de sagesse.