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Somme d’amour

Un constat s’imposera aux historiens de la poésie française moderne : en dépit de l’éclatement des formes et du règne du vers libre, la métrique régulière n’a jamais disparu. Ainsi Jacques Réda, fidèle à la rime, cultive les rythmes les plus divers avec virtuosité. Le sonnet, dans plusieurs ouvrages récents, se porte plutôt bien. Dans le concert de ces poètes qui ne renient pas l’héritage, Maximine occupe une place de choix, conquise depuis L’Ombre la neige (éd. Arfuyen, 1991). Presque toute son œuvre est écrite en poèmes comportant trois quatrains d’octosyllabes à rimes embrassées.

Somme d’amour, qu’elle publie aujourd’hui, est son plus beau livre. Trente-trois de ses cent vingt-huit poèmes sont d’ailleurs en heptasyllabes, et l’on en trouve même un en décasyllabes délicieusement dansants (p. 101). Le petit miracle de ces vers faussement légers, c’est qu’ils se répètent sans jamais lasser. Ils bercent une douleur amoureuse inapaisée, et tracent de celle qui a choisi de disparaître derrière son prénom un autoportrait en amante éperdue, « Belliqueuse », « Parfois chagrine » (les titres des deux premières parties), mais avec de brusques accès de joie portés par des rythmes très purs.

On ne cesse, en la lisant, de tomber sur des trouvailles verbales (« Des étourneaux c’est l’étournelle... ») et des éclairs de grâce (« Si le printemps savait écrire / Il écrirait ce que j’écris »). Anna de Noailles, si injustement méconnue, ou l’enchanteresse Marie Noël ont trouvé en elle une petite sœur.