Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Somme d’amour

À l’instar des deux vers de Louis Aragon placés en exergue – « Comme une étoffe déchirée / On vit ensemble séparés … » –, Maximine poursuit en trois actes poétiques la traversée du courant amoureux, du plus mouvementé au plus serein.

Chacun des titres accompagné d’un avertissement d’ouverture retrace d’ailleurs ce parcours : Belliqueuse, Parfois chagrine, Visages de la primevère. De la colère d’être quittée, en passant par la tristesse de la perte d’un amour jusqu’à la découverte d’une nouvelle relation, l’existence amoureuse est représentée dans sa totalité dans des poèmes épousant la forme unique de trois quatrains rimés et équilibrés où la force rythmique vitalise l’ensemble.

Le poème devient la preuve et l’expression de cet amour envoyé par une fenêtre que chaque page représente. Il est gratuit et consolant comme on peut l’entendre dans le troisième poème du recueil : « Tête nue dans sa légende / Elle s’en va semaillant / Tous les mots à tous vents / Sans même qu’on lui demande (…) Et vous ne l’aimerez pas / Tant pis Sa douleur égale / Aux voix de noires cigales / À sa nuit hisse une joie ». L’amour déçu ou heureux trouve son expression idéale dans un langage poétique autorisant toutes les dérives des mots. Le poème interroge l’amour et l’amour le poème. Chacun enveloppe l’autre d’une étoffe qui apaise la douleur d’exister dans la déchirure et de se retrouver cernée par la disparition. Le rouge et le noir comme dans le roman de Stendhal se marient pour le meilleur et le pire.

Maximine définit elle-même sa création en disant que « chaque poème » est « une tornade » et « une empoignade » « à fond de cœur vous secourant ». C’est dans ce mouvement que le lecteur le reçoit. Il est impossible que cet amour puisse rimer avec sagesse car il est nécessairement tourmentant. Il suit le mouvement des vagues dans une tempête. Le travail d’amoureuse se mêle au travail de la langue. Le sentiment se mesure dans la création. Il lui est un lieu de prédilection dans l’éloignement de l’aimé, parfois sa perte et la solitude radicale, l’épanchement attristé. Lorsque l’amour se concentre dans le lieu étroit et cadré du poème qui survit à tout flétrissement, c’est alors qu’il gagne le mieux sa propension dans le monde.

De plus, l’amour est non seulement une ouverture sur la création mais également un stimulant à l’intérêt porté au monde. Parfois il fleurit parfois comme une « ancolie » pour une expression mélancolique. L’autre lointain, le chagrin à son comble, les mots font flamber les sentiments, les accentuent et les résorbent : « Il arrive la voir pleurer / – Tant d’heures d’années sans personne – / Mais il suffit qu’elle vous nomme / Elle se lève pour danser. » La relation entretenue avec le poème est la même que celle avec l’aimé. Maximine enlace la langue dans le poème dans un espoir plus ou moins nuancé et un perpétuel combat. « À grands coups d’épée de poèmes / Quatre lignes dans le cœur / Pour y cisailler le malheur / N’en laissant que trois mots Je t’aime ».

Dans l’attente d’amour magnifié et idéalisé, Maximine glisse progressivement au pur souvenir. Avec la poésie, s’exprime un amour courtois, « des lèvres ourlées de mots d’amour », rêvant, espérant qu’un nouveau printemps surgisse et le transforme en passion. « J’ai longtemps rêvé de vous / perdais-je mon temps Peut-être / Mais j’aurai sans te connaître / longtemps parlé de nous ». « Où sont les rires du printemps ? / La chambre est vide maintenant ». La création permet de supporter le poids de l’attente. Et finalement, Maximine ne regrette pas d’avoir été patiente aussi longtemps. « Merci mon coeur pour tout l’amour / donné sans qu’on te le demande ».

L’amour se répète, avec les nuances que l’âge peut impliquer. De plus « léger » à l’âge de seize ans, il se teinte d’une tonalité plus sérieuse à l’âge mûr tout en restant un véritable éveil. Le recueil, écrit dans le repliement et la réflexion portée sur tous les rouages de l’amour, est don et offrande. Les poèmes, contradictoirement inutiles et nécessaires, s’adressent à ceux qui les ont provoqués et à quiconque les lira reconnaissant le pouvoir des mots imprimant pour toujours la complexité de l’amour, le dernier étant intitulé « Envoi ».