• Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Sibylles

suivi de Comment j’ai écrit Sibylles

Traduit de l’italien et présenté
par Gérard Pfister

Collection "Les Cahiers d'Arfuyen"
n°77, ISBN 2-908-82514-7

12,96 €

Par la voix puissante et sombre des grandes inspirées des temps anciens, Margherita Guidacci met à jour ce qui pourrait être le mythe fondateur d’une parole poétique de la femme, alors que si longtemps la poésie s’est identifiée à la figure héroïque d’Orphée : « Abandonnées dans les profondeurs du temps et désormais réduites au silence, note Margherita Guidacci, les Sibylles évoquent à mes yeux ces Mères goethéennes, comme elles, assises au pied des montagnes, gardiennes d’un secret tout proche encore du cœur même de la vie auquel, plus intimement reliée peut-être que l’homme, la femme peut avoir plus d’accès » (Comment j’ai écrit Sibylles).

Pendant de longs mois, la Cimmérienne, la Libyque, la Persique, l’Érythréenne, la Tiburtine et les autres sibylles, l’une après l’autre, ont surgi des profondeurs du sommeil pour livrer à leur modeste sœur d’aujourd’hui leurs paroles inspirées. Par la force ou par la séduction, par l’intimidation ou par la ruse, chacune selon son caractère, elles lui ont imposé leurs règles et leurs conditions comme des mères, en effet, mais impérieuses, abusives, ensorcelantes. Et plus d’une fois il lui a fallu une longue patience, une étonnante abnégation pour obtenir, après des mois d’absence, qu’elles daignent à nouveau apparaître en ses rêves et lui révéler un peu de leurs secrets.

« C’était le soir, se souvient Margherita Guidacci, et je me mis au lit, certaine que je passerais une nuit blanche et espérant seulement qu’elle vienne, qu’elle me fasse ce don. Et elle vint. Elle veilla sur moi toute la nuit, restant auprès de moi comme une sœur ou un ange, et au matin, quand le soleil commença à poindre, je pus le saluer avec les mots de l’Hymne à Apollon » (Comment j’ai écrit Sibylles).

L’écriture de Margherita Guidacci est cette eau profonde et pure où la vision la plus étrange, la plus oubliée de notre conscience ordinaire, peut resurgir dans l’évidence originelle : « Seul ce qui est limpide / contient intacte la vision. » Ainsi parle la Tiburtine. Et ce visage lointain qu’elle nous montre n’est que notre propre image, le regard de la sibylle qui soudain se vide est la seule réponse à notre insistant questionnement.

Et écoutons, bien différente de sa sœur, la parole lourde de mélancolie de l’Hellespontique : « Assise sur le rivage de l’Hellespont, / je regarde le flux et le reflux des eaux / entre la Grèce et l’Asie. Je les regarde depuis des siècles, / à présent dérobée au regard des hommes. Mon visage / se confond avec les parois rocheuses, mais la lumière / ambiguë de l’aube ou du soir y dessine parfois / comme un sourire. Car j’ai vu / pareilles à ces flots les troupes de Xerxès / monter à l’assaut des plages grecques et y mourir, / cherchant la gloire et ne trouvant que déshonneur, / j’ai vu se briser comme se brisent les eaux / la puissance du roi ! Par le chemin opposé / j’ai vu ensuite s’éloigner Alexandre / comme un vent resplendissant, pour lever / tous les reflets de l’Asie. »

Invitée par la Maison de la Poésie de Paris en décembre 1989 grâce à Marie-Claire Bancquart et Jean-Piere Lemaire, Margherita Guidacci avait séjourné à Paris pour la première fois depuis plus de vingt ans. 

Le texte de la postface de la présente édition française, Comment j’ai écrit Sibylles, a été rédigé par Margherita Guidacci en italien en signe de gratitude dès son retour à Rome. Magherita Guidacci accédait ainsi au souhait que lui avait exprimé son traducteur français de recueillir en quelques pages les confidences peu banales qu’elle lui avait faites, le soir, rue Le Marois, au cours d’un repas, sur la manière dont s’était passée l’écriture de Sibylles. Ce texte autobiographique si révélateur est parvenu au traducteur au début de janvier 1990, quelques jours avant qu’elle ne soit frappée par la maladie. Il reste entièrement inédit en italien.