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Sibylles

Si Margherita Guidacci se permet de faire descendre de leur plafond les majestueuses sibylles de Michel-Ange, c’est pour leur redonner enfin la parole et les humaniser.

En effet aucune des dix visiteuses qui viennent au petit matin, l’une ou l’autre, selon sa fantaisie, guider l’inspiration de la poétesse ne répond à l’image traditionnelle de la femme « aux flancs convulsés par l’obscur travail de la prophétie ». Paisiblement assises sur un rocher entre ciel et mer, ciel et rivière, aux confins du désert, ces sereines pythies ne manifestent leur privilège gnostique que par un mystérieux sourire : point de transes ni de délires, leurs révélations dépassent la contingence (qui devrait être leur spécialité), pour rejoindre l’universelle sagesse. 

La seule certitude que nous livrent celles qui sont censées tout savoir, est que tout est incertain, que tout chemin mène au mirage, et que « sur la rive de la mort, rien ne restera sauf. » Mais ces sombres messages sont loin de nous entraîner dans un univers mélancolique. Chez Margherita Guidacci chaque mot est empreint de la lumière et de la beauté qu’elle sait trouver dans la nature, et ce n’est pas sans raisons que la Delphique compose un hymne à Apollon : « Mon silence / sera comme un feuillage parcouru par tes vents lumineux / et pensées, présages, prophéties / sur un signe de toi comme un joyeux essaim / d’oiseaux s’envoleront / de leurs nids secrets. » 

Tant de fraîcheur et tant de vie naissent également de l’étrange familiarité que la poétesse entretint avec ses modèles comme le révèle la fin du recueil. On pense à Pirandello aux prises avec ses personnages : les capricieuses sibylles doivent elles aussi être apprivoisées, et elles aussi nous asservissent. Le livre refermé, qui ne dirait avec l’auteur : « Quand il n’y aura plus en moi l’attente des sibylles, comment remplirai-je ce vide ? » 

Margherita Guidacci est décédée au mois de juin dernier.