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Sibylles

Neurosuite ou, à notre goût, surtout le Retable d’Issenheim (parus chez le même éditeur) ont fait connaître en France le nom de Margherita Guidacci, née à Florence en 1921 et auteur de plus d’une vingtaine de recueils de poèmes (voir aussi le Sable et l’ange, traduit par Bernard Simeone, éditions Obsidiane).

Une longue et vraie amitié lie cette grande dame des lettres italiennes à son éditeur français et traducteur, le poète Gérard Pfister, qui partage plus d’un thème de réflexion spirituelle avec elle. Ils ont traduit ensemble Emily Dickinson ou, toujours chez Arfuyen, la poétesse américaine Jessica Powers (1905-1988).

Avec ces Sibylles, dont une postface passionnante et passionnée raconte la genèse inspirée, à mi-chemin entre sommeil et veille, Margherita Guidacci donne, au soir de sa vie, ce qui est peut-être son plus beau livre. Les sibylles de l’Antiquité ne sont pas pour elle matière à poésie érudite ; tout au contraire, ce sont des personnes vivantes, avec leurs ruses, leurs défauts, leurs qualités, et la couleur particulière qu’elles confèrent au mystère de la poésie. Emblèmes de la parole inspirée, elle sont les détentrices d’un mystère auquel les prophètes et les saints eurent aussi, de façon plus théologique, un accès, mais moins modeste et comme plus intimidant. 

La poésie, pour Margherita Guidacci, ne saurait être une voie d’accès à la sainteté ; c’est pourquoi ces sibylles en contact avec les formes multiples du divin sont, parce qu’elles sont pure poésie, étonnamment humaines.

Les cinq poèmes consacrés à la sibylle de Cumes ou « Hymne à Apollon » (que chante la sibylle delphique) semblent décidément figurer parmi les plus beaux poèmes nés sur cette vieille terre d’Europe, toutes langues confondues, durant ces dernières années (Il Buio e lo Splendore, d’où ces poèmes sont tirés, a paru chez Garzanti en 1989).