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Saison froide

 Ô ami
 Unique ami
 Que de sombres nuages guettent la fête du soleil

 Farrokhzad, elle aussi, a invoqué l’Ami. Sa voix a rejoint, aux côtés de Hafez, le choer des poètes amis de l’Ami. Et pourtant elle a tout bouleversé.
 Forough Farrokhzad naquit à Téhéran en 1934. Si ses deux premiers recueils sont encore classiques, avec celui justement nommé Une autre naissance publié en 1963, elle rejoint le renouveau du lyrisme iranien dont l’initiateur fut Nima Youchidj. Cinéaste, elle réalise un documentaire sur la vie des lépreux dans la région de Khorassan. Elle disparaît tragiquement en 1967 lors d’un accident de la route.
 Certes elle ne pouvait qu’être consciente de la singularité de ses choix et de son lyrisme face à la tradition :
 C’est moi, une femme seule 
 Au seuil d’une saison froide... 

  Elle ne pouvait qu’en tirer les conséquences les plus élémentaires, les plus radicales : « comment se réfugier dans les sourates des prophètes camus ? »
 Mais cela n’est-il pas un leurre, un constat trop immédiat. C’est le mariage sacré, la pure hiérogamie avec l’ami qui est détruite : « Que tu étais tendre, ô ami, unique ami Que tu étais tendre quand tu mentais »
 Qu’est-il celui :
 qui porte la couronne de l’amour 
 Et qui pourrit au milieu des habits du mariage ? 
 Qu’en est-il de celle qui fut, qui devint « la mariée des grappes de l’acacia »
 En vérité la nuit tombe « sur les branches nues de l’acacia » (il en est de l’acacia chez Farrokhzad comme du lilas chez la poétesse argentine A. Pizarnik). Face à ce désert il n’est que de dire en cette litanie : « J’ai dit à ma mère "C’est fini maintenant" ». Entre l’Ami et la Mère la poésie de Farrokzhad est celle d’un pur écho : « tu devins l’écho vide de la céramique bleue. »
 Ce lyrisme en écho est la marque la plus sensible de Farrokhzad, ces images retrouvées et qui constituent comme un poème unique : « Le temps passa », « Le vent souffle dans la rue », « J’ai froid », « J’ai dit à ma mère... »
 Dans cet écho il devient possible de rejoindre l’ami, de croire que les deux jeunes mains enterrées sous la neige fleuriront : 
  ces deux mains fleuriront, ô ami,
 unique ami
 Ayons foi en le début de la saison froide