Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Sable de lune

 On connaît essentiellement Hans Arp pour ses sculptures et son travail majeur de plasticien. Pourtant, il est avant tout un homme de langage. En effet, né à Strasbourg en 1886, il est de nationalité allemande (à cette époque, l’Alsace « orpheline de la France » fait partie du Reich wilhelmien), mais parle couramment le français (une partie de sa famille est de l’autre côté du Rhin) et l’alsacien. Il commence à écrire des poèmes dans les trois langues, avant de trouver son propre langage, pictural et plastique, qui fait de lui un artiste reconnu mondialement. Pourtant, il confie à son journal que, s’il avait à choisir, il préférerait renoncer à ce dernier et écrire des poèmes jusqu’à la fin de ses jours.
 Sable de lune est le premier volume d’une anthologie bilingue de poèmes allemands, choisis et traduits par Aimée Bleikasten, témoignant du grand amour, un amour de poète et d’artiste, que H. Arp entretient avec la langue et la création. Cet amour croît, se développe au fil des expériences – le surréalisme en Alsace, Dada à Zurich : il publie des poèmes en français dans des revues surréalistes, et André Breton inclut certains de ses poèmes dans l’Anthologie de l’humour noir. H. Arp ne cessera jamais de publier : à sa mort, en 1966, sa production poétique occupe un épais volume, intitulé Jours effeuillés.
 De cette vaste oeuvre, quelques traits jaillissent, que l’on retrouve ici : la nostalgie d’un monde dévasté par les guerres et perdu à jamais ; la présence, toute surréaliste, du rêve et de la fantaisie, qui, chez H. Arp, deviennent un réel refuge préservant la précarité des émotions et des souvenirs ; les jeux de langage d’influence dadaïste (voir les poèmes te gri ro ro et klum bum bussine). À travers les pages de cette belle anthologie se dessine le portrait d’un homme multiple, hanté par la mort et déchiré par les contradictions, mais qui parvient en maître à dépasser ses angoisses et ses insuffisances, dans une grande méditation à la fois ludique et critique. L’artiste donne de la voix à un lyrisme timide et empreint de simplicité, au milieu duquel vient sourdre la malice discrète d’un homme dont le questionnement sur le monde et sur l’homme a pris les formes les plus changeantes au fil de sa carrière.