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Stéphane RUSPOLI

 Ancien élève diplômé des Hautes études et des Langues orientales, élève d’Henry Corbin, Stéphane Ruspoli Stéphane Ruspoli vit aux États-Unis.
 Il a donné dans la collection Patrimoines des Éditions du Cerf plusieurs traductions de l’arabe et du persan : Le Traité de l’Esprit saint de Rûzbehân de Shîrâz – Étude préliminaire, traduction annotée suivies d’un commentaire de son Lexique du soufisme (Cerf, 2001) ; Le Livre des théophanies d’Ibn Arabî (Cerf, 2000) ; Le Message de Hallâj l’Expatrié – Recueil du Diwan (Cerf, 2005). Chez d’autres éditeurs, Stéphane Ruspoli a également publié : Le livre des contemplations divines d’Ibn’ Arabî (Sindbad-Actes Sud, 1999) ; Le Livre Tawasin de Hallâj (Al Bouraq, 2007).
 Stéphane Ruspoli est également l’auteur des articles Kubrâ, Semnânî et Nûrbakhsh dans le Dictionnaire critique de l’ésotérisme (PUF 1998).

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Christ essénien

Écrits des Maîtres soufis 1

Écrits des Maîtres soufis 2

Écrits des Maîtres soufis 3

Écrits des Maîtres soufis 2

Écrits des Maîtres soufis

Écrits des Maîtres soufis 3

Écrits des Maîtres soufis 3

PETITE ANTHOLOGIE

Ecrits des Maîtres soufis 1
traduit par S. Ruspoli
(extraits)

 
 Le Port de la Khirqa,
 par Najm Kubrâ


 Le meilleur vêtement que puissent porter les soufis est le « vêtement de laine ». Car les premiers humains à avoir porté le vêtement de laine furent Adam et ève, qu’ils reposent en paix. Lorsque de l’état de grâce du Paradis, ils aboutirent à la malédiction du séjour d’ici-bas, ceux-ci se trouvaient nus, alors l’archange Gabriel vint à eux, leur apportant un mouton. Gabriel le leur donna, et ils dépecèrent la peau du mouton. Puis ève tondit la laine, et Adam entreprit de la tisser, ensuite ils s’en revêtirent tous deux. Leur fils Seth se couvrit également de laine, et Moïse porta aussi le vêtement de laine, de même que Jésus, Jean-Baptiste et le prophète Mohammad ; tous portèrent sur eux de la laine. Le terme « sùfi » est dérivé de sùf, la laine.
 Par conséquent, lorsqu’on porte la laine, c’est Dieu que l’on se doit de rechercher exclusivement. Le mot « sùf » est composé de trois lettres, Sâd, Wâw, Fâ. Par la lettre Sâd, le soufi exige de sa propre personne véracité, pureté, intégrité, patience, probité. Par la lettre Wâw, il exige de sa propre personne solidarité avec Dieu, fidélité, dignité. Par la lettre Fâ, il exige de sa propre personne joie et sacrifice, cela afin d’être digne de recevoir le vêtement de laine.
 S’il revêt le « manteau rapiécé », le récipiendaire doit se dire en son cœur : « cette khirqa rapiécée et cousue de différents morceaux dont on m’a revêtu est un héritage qui nous vient d’Adam et Eve ! » Car Dieu a dit : « Et tous deux entreprirent de coudre sur eux des feuilles provenant du Paradis » (20, 121).
 Le mot « moraqqa » est composé de quatre lettres, Mîm, Râ, Qâf et ‘Ayn. Par la lettre Mîm, le soufi exige de sa personne, connaissance mystique, lutte spirituelle, mépris de soi-même. Par la lettre Râ, il exige de sa propre personne, compassion, miséricorde, autodiscipline. Par la lettre Qâf, il exige de sa propre personne modération, proximité de Dieu, force et propos véridique. Par la lettre ‘Ayn, il exige de sa propre personne amour fervent, science et labeur, afin d’être digne de recevoir la « khirqa rapiécée ». (...)
 Maintenant, si quelqu’un demande à revêtir la khirqa, de quelle couleur est la tunique qu’il convient de lui donner ? Nous déclarons ceci.
 Si le candidat a déjà maîtrisé l’âme passionnelle, et qu’à force de lutte spirituelle il l’a mortifiée en éliminant son iniquité, on lui fait endosser le « vêtement noir ou bleu », car c’est la coutume que les hommes mis à l’épreuve portent le vêtement noir (ou bleu). Si le candidat a achevé de réduire toutes les résistances de l’âme passionnelle, s’il a lavé à grands coups de savon la malpropreté de sa vie, s’il a débarrassé la « feuille de son cœur » des scories étrangères et l’a purifié de toutes les convoitises, alors on peut lui remettre le « vêtement blanc ». Si, en mobilisant son énergie spirituelle, le candidat s’est élevé du monde inférieur jusqu’au monde supérieur et si, s’étant tourné de tout son être vers le ciel, il a pu découvrir chacune des stations et des demeures épiphaniques, et s’il a été illuminé tour à tour par les éclairs des états mystiques, alors on lui fait endossé l’« habit multicolore ».

Ecrits des Maîtres soufis 2
traduit par S. Ruspoli
(extraits)


 Epître du Voyage spirituel
 
de Majdoddîn Bagdadî
 

 Le « monde de la servitude », s’il apparaît sans limite par rapport au monde physique et au malakut, comporte une limite en réalité. Mais le « monde de la seigneurialité » ne connaît ni fin, ni limite. La multitude des stations mystiques que parcourent les pèlerins se résorbe dans cette ultime walaya qui en est le point d’aboutissement. Le pèlerin qui n’est pas lui-même passé par tous ces attributs divins ne deviendra jamais un Maître.
 Ici prend son véritable sens la parole divine : « Comme une seule âme » (31, 28). Ici, la relation avec la nature humaine est désormais rompue. Ici, l’opposition des tempéraments se réduit à « une seule qualité » (yek rang), c’est l’Unification (tawhid) qui devient manifeste. Ici, la différence entre la walaya et la prophétie apparaît dans sa vraie réalité. Ici, le « bien-être » illusoire du serviteur est remplacé par l’« ardeur mystique ».
 C’est comme si la forme de la servitude et du labeur accompli ressuscitait. Mieux encore : c’est comme si le pèlerin voyait son propre labeur en train de s’effacer sous ses yeux. Car en vérité, la « forme du labeur » accomplie par le serviteur étant la « peau » des attractions divines et le tabernacle qui abrite l’Invisible, à mesure que ces attractions s’enchaînent sans interruption, voici que le labeur accompli par l’homme devient des siècles.
 Alors, chaque heure (de ces siècles) révèle la théophanie d’un attribut divin, et la vie qui était qualifiée auparavant des attributs humains est soudain suspendue, tandis que s’affirme la Vie permanente dont il est dit : « Nous le ressusciterons à une Vie parfaite » (16, 97).
 A présent, si l’œil du serviteur regarde, « c’est par moi qu’il voit. » Si l’oreille écoute, « c’est par moi qu’elle entend. » Si la langue s’exprime, « c’est par moi qu’elle parle. » Si la main et le pied se meuvent dans la walaya, c’est par moi qu’ils agissent, si le cœur jouit librement dans le monde sensible ou suprasensible, « c’est par moi qu’il comprend » :
 « Je suis devenu Celui que j’aime,
 et Celui que j’aime est devenu moi. » 

 Alors est levée l’« équivoque de l’Incarnation ». Qu’y a-t-il d’affirmé dans l’incarnation ? La persistance du réceptacle ! Le doute : « Jésus est le fils de Dieu ! Ozayr est le fils de Dieu ! » (9, 30), ce doute est dissipé. Qu’y a-t-il d’affirmé dans le mot fils ? La persistance de tous deux !