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Claude-Henri ROCQUET

(1933 - 2016)

Claude-Henri Rocquet est né à Dunkerque en 1933. Son enfance se passe dans le Nord et en Normandie, à Saint-Lô.

Il part en 1950 pour Bordeaux, suit des études de sciences politiques. Puis, de 1956 à 1961, il suit des études de lettres et d’histoire de l’art à Paris. Il fréquente le cours d’art dramatique d’André Voisin.

Il participe à la lutte non-violente de Lanza del Vasto et des Amis de l’Arche pour la paix en Algérie et contre la torture. Incorporé, il effectue son service militaire en Algérie comme simple soldat.

De retour à Paris, il enseigne à l’Alliance Française et au Collège Sainte-Barbe.

Il écrit ses premières adaptations pour le théâtre : Antigone ou la Ville sous les armes, Oreste d’après Alfieri (mis en scène par Jean-Pierre Miquel), Don Juan d’après Tirso de Molina (en collaboration avec Maurice Clavel), La Guerre Picrocholine. Il fait la rencontre de Jacques Hébertot, Alain Cuny et Pierre Clémenti.

Il est nommé en 1969 professeur à l’université de Montréal, puis à l’école d’architecture de Montpellier. A partir de 1978, il enseigne à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris.

Il revient à l’écriture et publie trois livres d’entretiens, avec Mircea Eliade, André Leroi-Gourhan et Lanza del Vasto.

En 1986 paraît aux éditions Granit un recueil de poèmes et de proses, L’auberge des vagues. Les années suivantes sont marquées par un retour au théâtre avec Rahab, Jessica, Hérode et Jonas. Dans Oreste, mis en scène par Jean Gillibert, Maria Casarès est l’interprète de Clytemnestre. Raymond Hermantier joue Hérode mis en scène par Jean-Luc Jeener. En juin 1992, Alain Cuny crée Les sept dernières paroles du Christ sur la croix en la Collégiale Saint-Martin de Champeaux.

Ce que Jean-Luc Jeener, animateur de la Compagnie de l’Elan, écrivait de Jessica s’applique aussi bien à l’ensemble de l’oeuvre de Claude-Henri Rocquet : "Sur le thème de la continuité évangélique où le non à la relativité humaine devient le oui au projet de l’amour de Dieu, Claude-Henri Rocquet, un de nos rares grands auteurs contemporains, poursuit sa quête : un parcours spirituel qui révèle et assume le gouffre de notre condition d’homme."

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Les Sept dernières paroles du Christ

PETITE ANTHOLOGIE

Les Sept dernières paroles du Christ
(extraits)


Haydn écrivit trois versions des Sept dernières paroles  : une version orchestrale, un oratorio, un quatuor. C’est pour accompagner le quatuor que me furent demandées les sept méditations qui seraient dites par Alain Cuny.

Je n’aurais sans doute jamais pensé à écrire cela. Je n’aurais pas osé.

Plus j’écris et plus j’ai le sentiment que la pensée de la mort est au cœur de l’acte d’écrire – pour se préparer à la mort, et pour y opposer la mémoire, la force de vie, l’espérance. Et plus j’ai conscience de la vanité de toute parole, de toute pensée, de toute écriture – de leur radicale insuffisance – devant la mort quand il faut la vivre, en réalité, en vérité. II n’y a que le silence et ia charité qui tiennent devant la mort.

Ecrire la méditation des Sept paroles est se rendre non seulement à ce point extrême de défaillance, à ce lieu indicible de la mort humaine, mais s’approcher de la mort la plus inconcevable, la plus inacceptable : la mort du Christ, la mort de Dieu.

On ose raconter, après tant d’autres, la vie du Christ. Mais qui est digne de dire sa mort ? Qui est capable de la penser, un instant ?

Il faut pourtant le faire.

Il faut dire ce qui est impossible à dire.

Il faut quelqu’un dans la foule, sur le passage du condamné, pour porter un peu sa croix : le premier venu, celui qui se trouve là et qu’un soldat tire par l’épaule, l’ayant vu assez robuste : et c’est Simon de Cyrène. Il revenait de la campagne et la troupe en marche lui avait barré le chemin. Il porte la croix du Christ.

Et quand il faut un sépulcre, il se trouve quelqu’un d’autre, un homme riche, Joseph d’Arimathie, qui veut bien donner le sien. Il le donne.

Il ne s’agit pas de dignité mais de service.

Et la commande, quasi liturgique, me donnait le courage aveugle d’écrire - comme il arrive que pour sauver quelqu’un dans une maison en flammes quelqu’un court sur le bord du toit sans voir le vide.

Elle m’imposait aussi la forme la plus simple : la seule voix du récitant.

Et j’éprouvais cette contradiction : le texte que j’avais à écrire était le plus éloigné de toute littérature mais il me fallait faire le mieux possible mon métier de poète (...).