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Rivage mobile

 Il est rare qu’un poète puisse écrire son ouvre en deux langues et sans en être le traducteur. A propos des poèmes de Rivage mobile, Michael Edwards déclare en avant-propos : "Je les ai repensés comme si je devais les composer directement en français." Et d’ajouter : "Je suis venu aussi, parfois, à modifier ou à récrire entièrement le poème anglais." Etranges sont les pouvoirs de la langue, de la poésie ainsi conçue. C est a la version française que nous nous intéresserons ici.
 Dans Rivage mobile, la poésie de Michael Edwards est celle d’un homme qui jette sur le monde, sur les êtres un regard souvent teinté d’esthétisme, en ce sens qu’il épure sa vision par des perspectives artistiques. D’une jeune fille, il écrit : "Tu es reprise encore / Par les ténèbres de la nuit, / Dont tu es l’oeuvre aussi. Tu n’es / Que pierre et bonne pour la terre, que marbre / Uni où a logé le rêve."  De là cette volonté d’arracher la réalité à son poids, de se livrer à une sorte de métamorphose de la Nature à laquelle le poète qu’est Michael Edwards accorde la plus grande attention. Car la Nature offre à ses yeux différentes vertus, notamment celle de se fondre dans la nature humaine, d’où la perspective d’une démarche au cours de laquelle toutes deux sort mêlées. D’où aussi chez le poète et le contemplateur un désir de isba entre des éléments antagonistes qui aboutirait à une vision unique du monde/ Michael Edwards peut alors écrire : "A travers le voile / D’un or de gloire / et d’un bleu fictif / Immensité / De ténèbres et de lumière."
 
Dans les poèmes de ce recueil, il est aisé de remarquer l’importance que Michael Edwards accorde à la lumière, terme qui va de pair avec celle de la beauté, avec l’amour. Cependant il ne faudrait pas en déduire que le monde est organisé en fonction de la domination de l’homme. La vision du poète est parfois tempérée d’un pessimisme envers l’humanité et c’est en termes nuancés qu’il exprime ses doutes : la fable lui permet d’avancer cette idée. A propos des animaux, il écrit :
 Patients, ils attendent, dans nos bois, dans nos jungles, 
 Dans les lueurs changeantes, de nos couleurs, de nos mots, 
 Ce qu’ils n’ont pas encore vu, les vrais hommes. 
 On ne saurait être plus clair.
 Rivage mobile est l’oeuvre d’un poète qui s’efforce d’appréhender le monde en artiste du langage. De celui-ci il connaît les pouvoirs et le mystère. Les deux langues ici employées permettent de renforcer ces deux notions.