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Requiem

  « Qu’est-ce qui combat la vie dès qu’elle est ? Car quelque chose la combat », avertit Roger Munier dans un petit livre – Requiem – dont le propos n’est ni la désolation ni le désespoir, mais le besoin urgent de soumettre à l’épreuve du Monde notre réflexion contemporaine, si fermée sur elle-même, si enferrée dans les systèmes. Ainsi entrons-nous d’emblée dans l’univers incommode de la discipline héraclitéenne ou Zen : « On ne sait que ce rien, mais au moins sait-on ce rien ».
 
Pour secouer notre torpeur et forcer notre compréhension de ce « rien », Munier lui donne une portée : la mort. Il va à la rencontre de la mort, il fait un bout de chemin avec elle, d’un pas tranquille, tranquille comme une « saine réflexion ». Il a contracté avec la mort une alliance secrète qui lui permet de supporter l’idée que le monde n’est déjà plus le monde, qu’il ne l’a jamais été, du moins dans l’ordre que nous lui prêtons. La technique est aphoristiue et incantatoire : sensation d’incommodité assurée.
 Munier poète et Munier penseur, liés par un pacte d’assistance réciproque, placent l’Évidence (savoir penser le « Monde tel qu’il est » – Logos) au niveau de notre entendement : disparaître au monde, la mort absolue, bien nommée, l’aboli pour toujours et le jamais recommencé, la mort qui disqualifie la vie qui se veut souveraine à tout prix, triomphante. « Il est mort depuis peu... – Non, depuis toujours ». La vie n’a pas les moyens de sa certitude, elle a seulement ceux de la corruption, qu’elle n’ose s’avouer ni nommer. « Nul corps n’est plus corps ajusté que le cadavre ». 
 Qu’on se le tienne pour dit. Le rien, l’abolition du corps, enseignent, et c’est considérable, la certitude de la fin. Voie dernière, qui ne mène nulle part, mais voie Royale en ce sens qu’elle est incontournable, et adhère aux cycles d’une nature souveraine. Et tout à fait édifiante pour celui qui aurait oublié où va la route. « Entre la rose et toi, il y a le vide de la rose et de toi ». En apothéose de ce recueil, Munier nous offre cet exquis parfum de sagesse orientale.