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Regain

 Rachel (Blaustein), née en Russie en 1890, est l’une des fondatrices de la poésie hébraïque moderne. Jeune femme fière et pleine de vie, le dénuement et la maladie dont elle souffrit entre 1914 et 1919 après un premier séjour en Israël l’ont brisée et assombrie ; isolée et pauvre, elle mourra de tuberculose à Tel-Aviv en 1931.
 Traductrice, essayiste, elle a écrit trois recueil poétiques : Sahiah (« Regain », 1927), Ménéged (« De loin », 1930) et Nébo (posthume). Enracinée dans la Bible, cette poésie de l’irréalité et de l’éphémère où luisent des signes cachés qu’il faut découvrir pour marcher vers la lumière – celle de la vie. celle de l’infini, mais aussi celle de la manifestation du Pur – est moderne par son dépouillement, sa brièveté incisive, sans oublier une intense présence personnelle.
 La première traduction française d’une de ses œuvres, réalisée par Bernard Grasset, nous est offerte en bilingue chez Arfuyen. J’ai résumé ci-dessus les indications données par le traducteur. Quelle est mon impression en découvrant ces poèmes des années 1923-1927 ? Celle d’entendre une voix personnelle, originale, profondément triste et solitaire.
 Une voix venant d’un être qui vit de quelques moments ténus de retour de souvenirs heureux, d’instants d’apaisement du cœur, de « signes » attendus, parfois offerts (« Un poirier a fleuri » ; le docteur, « de douceur a serré ta main »  ; « Une rencontre, fugitive rencontre, l’éclair d’un regard / Des fragments de paroles voilées [...] » ; et même, une fois : « Regarde, écoute, / Glisse ta main à travers mes cheveux. / Dans le cœur - / Un calme bonheur [...] », « auprès de la terre / [...] / ce jour éphémère, unique », dans lequel « avec la pauvreté naît la consolation »). De ces « signes » il est écrit : « En tout des signes cachés », et parfois, mer et soleil s’étant unis, ils permettent de dire : « Tout est béni ! » ; ou « Aucune plainte en moi ! Tout devient douceur / Dans une chambre exiguë la nostalgie du large ».
 Alors, en retour, une offrande devient possible : « Voici l’offrande du signe, nulle offrande que le signe – Et le lointain devient proche », ou bien l’offrande des mots qui lui sont donnés : « Ton oreille a-t-elle discerné au creux même du silence / Ma parole qui s’incline ? » À qui sont adressées ces offrandes ? À qui envoyé l’« intense appel », vouée l’attente « jusqu’à ce que ma voie s’éteigne, / Comme Rachel attendait son ami » ? Qui est « l’être pur » qui « annoncera, délivrera », ou au moins permettra qu’advienne « dans la détresse de l’encerclement / Un rai de lumière au jour de la grande nouvelle ? »
 Ai-je fait un peu entendre cette voix, découvrir ce ton poétique rare, cette énigmatique espérance ?