Arfuyen sur Twitter
  • Littérature
  • Spiritualité
  • Sciences humaines

Reconnaissance d’Henri Meschonnic

 Bien qu’Henri Meschonnic soit reconnu comme l’un des plus grands intellectuels de notre époque par de nombreux universitaires européens et asiatiques, il n’a pas encore en France, auprès du public et des médias, l’audience de Michel Foucault, Gilles Deleuze ou Jacques Der-rida. Sans doute parce que les faiseurs d’opinion se sont sentis incapables de classer son œuvre intempestive sous une étiquette en « isme ». C’est pourquoi il faut espérer que la publication, sous le titre Henri Meschonnic, la pensée et le poème, des Actes du colloque organisé autour de son œuvre à Cerisy-la-Salle, en juillet 2003, sous la direction de Gérard Dessons, Serge Martin et Pascal Michon, lui assurera la reconnaissance du grand public concerné par une pensée subversive qui, en rétablissant la relation entre poétique, éthique et politique, vise à inventer une véritable démocratie « qui permette à chacun et à chaque groupe de vivre pleinement leur indivi-duation tout en leur garantissant la possibilité d’agir avec et sur les autres ».
 Qu’elles portent sur la poétique, les poèmes, les traductions bibliques, la théorie du rythme ou l’anthropologie historique du langage, toutes les communications insistent sur l’unité de l’œuvre de Meschonnic, qui réside dans l’affirmation que la théorie critique du langage, en transformant notre matière de penser, aboutit à une transformation de la vie et de la société. Meschonnic a rétabli en effet la notion de continu entre la pensée et le corps, l’individu et la société, l’oral et l’écrit, le langage poétique et le discours ordinaire, contre les tenants du dualisme du signe, structuralistes ou sémioticiens, qui en privilégiant le discontinu entre ces réalités n’aboutissent qu’à des oppositions stériles. Dans la plupart des communications, on a aussi insisté sur le fait que ses traductions bibliques sont à l’origine de la théorie révolutionnaire du langage de Meschonnic, qui a découvert dans la Bible que le sens est inséparable du rythme. L’écoute du rythme hébraïque lui a permis de restituer la pa-
rôle biblique, hors de toute sa-cralisation qui a été une perversion dans la mesure où elle n’a servi qu’à légitimer le pouvoir théologico-politique.
 Comme, chez Meschonnic, la théorie et la pratique sont intimement liées, on peut trouver une illustration de sa poétique dans son dernier recueil, Tout entier visage, dans lequel, à travers la célébration du visage de l’aimée, le poète affirme sa foi dans la vie unanime : « Tout entier tous les visages ». Chez Meschonnic, le visage n’est pas le lieu de la révélation d’une transcendance religieuse, comme chez Levinas, mais la promesse d’un bonheur terrestre : « vivre corps à corps ». Cette célébration de la vie est faite avec une écriture irradiante d’images neuves, car pour Meschonnic chaque poème exige un langage inouï.