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Rachel Blaustein, dite
RACHEL

(1890 - 1931)

Rachel est l’une des grandes pionnières de la littérature hébraïque moderne. Son œuvre se compose de trois recueils dont le troisième est paru juste après sa mort : Saphiah (Regain), Minégéd (De loin) et Nébo.
Rachel Blaustein est née en 1890 à Saratov, au bord de la Volga, au sein de terres boisées et enneigées. Elle est d’une famille très nombreuse. Commerçant aisé, son père est un homme juste attaché à la tradition. Sa mère, fille de rabbin, est en relation avec des hommes d’esprit très connus, comme Tolstoï.
Rachel écrit ses premiers poèmes en russe à quinze ans. Avec sa sœur Suzanne, elle projette un voyage en Terre Sainte avec l’intention de revenir en Russie. Mais en 1909, c’est le départ et bientôt s’efface le désir de retour. Rachel décide de se mettre au travail agricole dans la ferme-école de Kinnéret afin de « jouer une mélodie avec la bêche et tracer un dessin sur la terre ».
Appelée en 1913 à se perfectionner en agronomie, elle part pour l’université de Toulouse, en France. Lorsque éclate la première guerre mondiale, Rachel regagne la Russie où elle vit dans le plus grand dénuement.
En 1919, elle retrouve la Terre Sainte et s’installe dans le kibboutz de Degania, au sud du lac de Tibériade. Les années d’exil et de misère l’ont marquée du sceau de la douleur, et elle se sait maintenant atteinte par la tuberculose. Ses dernières années sont marquées par le combat contre la maladie. Elle séjourne dans divers logements à Jérusalem, puis chez son frère, à Tel-Aviv. Comprenant l’issue mortelle de sa maladie, Rachel écrit avec passion des poèmes, sans se lasser. 
Elle meurt à l’hôpital de Tel Aviv, en 1931. Conformément à sa volonté, elle repose à Kinnéret. Un jardin de palmiers en signe d’amitié posthume y porte son nom.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Regain

De loin suivi de Nébo

Regain

Regain

Regain

PETITE ANTHOLOGIE

Regain
traduit par Bernard Grasset
(extraits)

Liesse fugace, joie comme traîne de lézard,
La mer jaillissant entre deux murs de la ville,
Le carreau de la fenêtre étincelant de soleil vespéral,
Tout est béni !

Tout est béni, pour tout il est un chant consolateur,
En tout des signes cachés, et tout aide
à enfiler le santal de suaves paroles
D’une main imaginaire.
 Tel-Aviv, 1926.

*

Scruter deux lignes depuis longtemps écrites :
L’encre s’est presque effacée,
Le papier froissé a jauni,
S’exhale une odeur ancienne.

Oh le toucher léger, la force profonde
De la main du souvenir !
Voici l’offrande du signe, nulle offrande que le signe –
Et le lointain devient proche.
 
*

Tibériade

Là les hauteurs du Golan, tends la main, effleure-les !
à travers un sûr silence, elles intiment l’arrêt.
En rayonnante solitude dort l’antique Hermon
Et le Pisgah immaculé forme rempart.

Là au bord du lac, il y a un palmier au feuillage tombant,
Chevelure dénouée ainsi qu’un enfant rebelle,
Dévalant la pente et au sein des eaux de Tibériade
Baignant ses pieds.

Combien se fortifient les fleurs en hiver près du krak,
Le sang de l’anémone, l’or du safran.
Il y a des jours où l’herbe devient sept fois plus verte,
Soixante-dix fois se parfait le bleu clair dans le firmament.

Même pauvre, allant humblement,
Le cœur meurtri par l’exil,
Te trahirai-je, oublierai-je
L’amour du printemps de ma vie ?
 Tel-Aviv, 1927.