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Quelques propos sur les Poème d’août

Comment expliquer le choix de livrer quelques mots sur ce livre de la poétesse Maria Ângela Alvim, sinon, comme si l’idée des anges de la grâce – chère au cœur de Jean Tauler – pouvait s’appliquer au monde des livres. Car, je ne sais plus depuis quand ni pourquoi ce livre est dans ma bibliothèque, ni pourquoi encore une fois, je l’ai sorti du rayonnage, sinon par une vive nécessité – qu’expliquerait peut-être la mystique rhénane. Je dis « encore » mais il faudrait dire « à nouveau ». Comme quelque chose de non concret, de diffus, qu’il faut recommencer. Juste cette musique qui va l’amble de la musique des poèmes, tout à fait baignés de la lumière crépusculaire du suicide de Maria Ângela en 1959 à l’âge de trente-trois ans.

Poétesse brésilienne dont la traduction de Magali et Max Carvalho a fait l’objet d’un crédit de résidence du Centre Régional des Lettres Languedoc-Roussillon, M. Â. Alvim nous livre sept poèmes, de très beaux poèmes capiteux et complexes, dans le recueil Poèmes d’août qui donne le titre au livre. C’est donc dans la simple musique des mots, sans aucun bagage ni linguistique ni culturel que j’ai abordé cette lecture. Ainsi, dans cet hiver austral, si je ne me trompe, on va dans les poèmes depuis une fenêtre, par quelques éclats de vitre, vers beaucoup d’angoisse pour finir. Car que cela soit par le biais de figures de la géométrie ou celle de la pensée, nous sommes conviés à la lecture d’un monde abstrait, et de cette façon un monde inquiétant et étrange. Je dis cette angoisse avec beaucoup d’empathie car il y a pour moi une déclinaison spirituelle, pourrais-je dire, à cet exercice de l’angoisse, une sorte de mystère chrétien, une demeure spirituelle qui apparaît dans ces vers : cette certitude/de tant de portes refermées/sur d’autres portes qui s’ouvrent, un château – maison de santé ? – habité par des couloirs sans eau qui évoque peut-être le château mystique de Thérèse d’Avila. Ce ne sont que des suppositions. Mais il paraît avéré que ces statues sur les balustres de la demeure vont jusqu’à l’inquiétude et la crainte.

« Sur le balustre une statue / s’appuie notre crainte. / Un arrêt. Cette porte / est immense. Comme nous avons grandi… / Et, en passant, / minuscules. – De nouvelles marches, / mais petites, toujours plus / nous rétrécissons. »
 C’est ainsi que j’entends l’épithète « choses abstraites ». L’état sensuel d’un monde désincarné, juste orienté vers le but d’écrire, de serrer en soi le monde intérieur, monde très physique, mais dont le langage rend difficilement la kinesthésie. Une musique, c’est tout à fait cela. La musique d’un monde intérieur que l’on saisit par le dessus, en quelque sorte, par la partie qui se réverbère dans l’idée, justement, l’idée de la chose, son dessin. Je vois deux yeux dans l’équerre/ombre à demi et certitude/de ma mesure entière.

On pourrait situer le monde poétique de M. Â. Alvim, ensemble johannique et bachelardien, dans la famille lyrique et abstraite. Mais, ce n’est pas simplement une affaire d’école pour moi. Pour reprendre l’incipit de mon propos, c’est le phénomène bizarre qui me lie à ce livre, que j’ai déjà lu, mais que je redécouvre, et que j’ai sorti par automatisme de ma bibliothèque, qui m’interpelle.

Équerre, coins, portes, couloirs, carrelages, barres de verre des fenêtres, qu’est-ce tout cela ? La dilatation du langage qui dépasse la chose elle-même ? Et, par ce voyage dans la chose abstraite, – idée de l’absence, moments de méditation, réflexion –, notre isolement, notre habitation humaine en sa précarité et, dans un sens, la mort ? Cette augmentation géométrique, cette dilatation, est-elle une sémiotique de l’espace, une coupe musicale comme y parvient la musique dodécaphonique, lyrique donc, et presque expressionniste dans ce sens ? Je ne peux répondre. Mais, sans doute, voilà pourquoi ce livre m’a en quelque sorte appelé, m’a convié par une absorption dans le chant, à une lecture organique.