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« Quand j’étais gosse » : une cure de jouvence

 Cela tient de La guerre des boutons de Louis Pergaud, des romans champêtres de George Sand, des contes de Erckmann-Chatrian et, surtout, constitue un élixir tonifiant que l’on avale d’une traite : Quand j’étais gosse de Gustave Stoskopf traduit de l’alsacien par Noctuel alias Benjamin Subac (Arfuyen, Paris). Rarement un auteur et son traducteur ont fait état dans leur œuvre d’une telle complicité. Cependant Noctuel reconnaît avoir commis deux infidélités au texte de Stoskopf, notamment d’avoir aéré « de trop longs paragraphes en y multipliant les alinéas ». Et d’ajouter : « Mais aller à la ligne est-ce vraiment pécher ? »
 Défile alors à travers de savoureuses historiettes tout un échantillonnage de la population ayant vécu dans un coin de l’Alsace au XIX° ou au XX° siècle. Paysans, artisans, commerçants, édiles, fonctionnaires, musiciens, qu’ils soient chrétiens, juifs ou incroyants tout ce petit monde se côtoie, se connaît, qu’ils viennent d’un gros bourg ou d’un petit village. En les croquant d’une plume alerte et malicieuse Gustave Stoskopf leur a donné une dimension universelle et rendus vivants à jamais. Tel le portrait de « Meuïsche le malin ».
 Meuïsche, forme alsacienne de Mosché, se vit confier par le juge de paix de Brumath une mission de confiance. S’étant fait confectionner une paire de bottes le magistrat constata qu’elles ne lui allaient pas. Que faire ? Retourner chez le cordonnier ? Certainement pas. Il fit appel à Meuïsche, petit marchand juif, pour qu’il trouve un acquéreur de ses bottes. Mais le juge se montra méfiant. Il ne lui remit qu’une botte et l’invita à chercher la seconde quand il aura trouvé un amateur.
 Des semaines s’écoulèrent sans qu’on revit Meuïsche. Un jour, alors qu’il passait sous sa fenêtre, le juge l’interpella et demanda des nouvelles de sa botte. « Eh bien ! lui expliqua Meuïsche, je l’ai vendue à un gars avec une jambe de bois. Si j’en rencontre encore un qui aurait besoin de l’autre, je viendrai la chercher... »
 II faudrait les citer tous, ces truculents personnages, nos semblables, mais je ne voudrais pas vous gâcher la joie de les découvrir vous-même. Par ces temps de dépression en tous genres, voilà un antidépresseur singulièrement efficace.