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Puisque je suis ce buisson

 Henri Meschonnic, auteur bien connu d’ouvrages de poésie, de poétique, de traductions152, d’essais philosophiques et politiques, a donné à Arfuyen un volume remarquable, au titre assurément biblique : Puisque je suis ce buisson (« je brûle sans me consumer / puisque je suis ce buisson »).
 On est saisi d’emblée par un ton poétique personnel et neuf, par le jeu de figures couplées de manière énigmatique et néanmoins très suggestives : étrangement, elles nous laissent en suspens et en même temps nous fascinent. Ainsi un je à la fois transcendant et sous-jacent et un autre je (fragile, presque évanescent : p. 69-70, 89) qui échangent leur rôles ou sont liés par leur immanence réciproque (p. 26-27) ; un je et un je, par dédoublement ; un je et un nous (ou un vous, ou les autres) ; un je et les paroles ou les mots comme vis-à-vis ; un je (masculin) et un tu (féminin). Binômes dont on ne cerne, dont on n’isole les termes que très difficilement. Avec beaucoup de notations sensibles, aiguës, de l’état du corps (p. 11, 51), d’instants (p. 4, 77), ou du rapport à un temps instablel55 et qui n’est pas tout à fait différent de soi-même (p. 74). Le plus mûr, peut-être, c’est le rapport à sa propre parole, à ses mots, à son langage ; le plus clair, l’interdépendance entre soi et autrui (p. 34) :
 [...] peut-être sans le savoir 
 nous ne sommes que les syllabes 
 de mots que nous commençons 
 mais nul n’a la phrase entière 
 le sens c’est seulement des bouts 
 de sens que nous sommes ce qui 
 manque
 pour faire la phrase c’est chez 
 l’autre, l’autre l’autre