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Puisque je suis ce buisson

 Henri Meschonnic est au cœur d’une polémique. Michel Deguy l’a accusé, un peu vulgairement sans doute, d’être un sériai Merde la poésie. On n’entrera pas dans la querelle. Le recueil publié par H. Meschonnic, chez Arfuyen, participe d’une poésie mystique. Oubli, attente, mémoire, silence, sens et tremblement du verbe, tels semblent être les termes autour desquels tournent les soixante-dix-huit poèmes de Puisque je suis ce buisson.
 Le lyrisme y affeure, mais jamais il ne cherche à s’imposer : « plus de bruit / dans ma tête monde / que dans tes armées / d’étoiles // pas un cri / mais un silence / de tant de bouches / hors des mots // je suis sorti / de ces bouches / je me tais / dans tous les mots ».
 
Ce qui, sans doute, est te plus remarquable, dans cette poésie, ce sont les liens discrets mais permanents qu’elle entretient avec l’histoire poétique et l’histoire biblique : on sait, depuis Mallarmé, qu’on ne peut faire de la poésie qu’avec des mots ; on sait également que certaines traductions de la Genèse placent le mot au commencement de tout. Et H. Meschonnic d’écrire : « aujourd’hui ce sont les mots / qui se retirent et je reste / au bord des mots je ramasse / des cassures du temps roulées / dans la mémoire / lisses / comme nous / je les garde dans ma main / pour me souvenir / et nous ». 
 
Qui est cet autre qui permet au poète de dire nous ? On ne le saura jamais et c’est en cela que le lyrisme reste à la fois discret et sensible. Toutefois, on ne peut s’empêcher de sentir une sorte d’essoufflement de l’écriture : la brièveté des vers, la retenue perpétuelle du souffle y contribuent : « nous n’avons que les mots où / nous tenir / nos / mots / nos / mains / et la tête terre tourne ». Mais il y a des vers qui sont d’incroyables réussites en leur simplicité : « aujourd’hui j’ai rencontré / une petite joie je me suis / fait aussi petit qu’elle pour / être l’instant qui en est plein ».