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Psaumes de la nuit et de l’aurore

 On ne peut réduire Bastaire à n’être qu’un spécialiste connu de Péguy. A plus d’un titre, l’itinéraire spirituel de ce poète est comparable à celui de l’auteur d’Eve : invasion mystique et engagement chrétien au coeur de la cité... L’aube, c’est le Christ, bien sûr, et pénétrer cette lumière-là sup¬pose un retournement, une conversion. Né dans un milieu anticlérical, Bastaire poursuit « une double quête de libération personnelle et collective », à l’exemple de Romain Rolland ; sa recherche est éclairée par les écrits de Charles de Foucauld, Thérèse de Lisieux... et l’amour pour sa future femme. Il découvre, le Dieu de Péguy, « absolu de limpidité »[...] pure naissance, pure jouvence ». L’amour humain s’éclaire en même temps que l’amour chrétien (divin, dirai-je) : celui de la beauté où chaque pas d’émancipe à jamais. L’art religieux, Mauriac, Claudel (qui incarne cette communion jaillissante entre l’art et le sacré), Mounier, Lubac sont bornes lumineuses : sur le chemin de l’apprenti, Il affirme sa gratitude pour la « voie royale des jésuites », ces ouvreurs d’âmes... (...)
 Le deuil vient cruellement frapper à la porte tranquille. Cette croix, Bastaire la voudra pascale, annonce, signe. Mais l’ombre gagne, un mur clôt l’enceinte où la paix vacille. Traversée d’une « aridité parfaite » : « Je manquais de moi dans un deuil abyssal », écrit-il au seuil de ses Psaumes. Seul un cri dénouera cette agonie. Un échange simple et doux avec le Dieu d’Amour total vient l’extraire de cette fosse. Bastaire note cette conversation/prière d’une intimité telle, qu’elle touche une limite de la poésie devenue questionnement et action de grâces : « Comment me donnerai-je si ne me possède pas ? – La possession te trompe. / Tu te dévores toi-même / Donne-toi au don et tu resplendiras » ; « Du fond de mon tourment / je m’en remets à Toi – Ton oui !’offre / la clé de la souffrance »  : un oui semblable à celui de Thérèse Martin, un oui de petitesse voulue. Le lecteur craint parfois de déranger cette prière ; ce serait oublier que nous prions et que l’angoisse qui se donne à Dieu participe à l’offrande de toutes les créatures. Bastaire donne ici une leçon de lumière que les ténèbres ponctuent...