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Prières et méditations

 "Le fou !..." C’est en ces termess que Ernest Hello, mystique, fut accueimli d eson vivant . Les Editions Arfuyen , qui possèdent une collection de textes mystiques, nous propose une réédition de c e texte posthume paru en 1911, d’un auteur déjà plongé dans l’enfer d enotre oubli.
 Le fou... C’est peut-être aussi ce que l’on pensera – mais avec le ton de la tendresse - au début de la lecture de ce livre, avant de saisir qu’il s’agit d’un texte mystique et que les envolées
en alleluias sont vécues par cet homme, non seulement destinées à ornementer son texte d’une manière chrétienne.
 C’est vrai que ces textes sont étranges, et pourraient d’abord prêter à sourire par exemple, ayant développé très rigoureusement des pensées sur l’Infini ou le Sublime, il devient tout à coup lyrique, accélère le rythme de sa phrase, et sa parole philosophique bascule dans une parole poétique pour finir en apothéose sur Alléluia ! Amen ! - ou bien, livrant une réflexion logique sur l’être de Dieu et ses possibilités d’existences, il demande, phrase suivante, miséricorde à ce der¬nier de ne pas pouvoir le saisir dans sa divine totalité.
 Mais n’est-ce pas l’attitude mystique par excellence ? La raison, ayant épuisé tout le possible, est relayée par la foi. Pour le mystique, celle-ci n’est pas une défaite de la raison mais permet de suppléer à son manque, permet de combler le vide qui la sépare de la conception intellectuelle du divin – vide donc non seulement intellectuel, mais également ontologique. Pour le mystique, la foi est le comblement du non-être de la manifestation de façon à atteindre l’être dans sa plénitude.
 Dans ces textes d’Hello, rien de l’adhésion aveugle au dogme, rien de la rigidité que les catholiques opposaient à cette littérature particulière de l’un d’eux. Rien d’un dieu anthropomorphe qui rassure les uns et permet d’effrayer les autres : Dieu est inaccessible, n’est pas pensable, est infiniment absolu. Hello remet toujours tout en question et n’a de cesse de dire : je ne sais rien ; je ne comprends : ni cette fleur, ni ce grain de sable, ni encore moins Celui qui Est. Mais pourtant je veux me tendre vers lui et je veux qu’il s’abaisse à moi, qu’il m’appelle par mon nom.
 Et puis, il y a des textes qui sont proprement prières. Comment sommes-nous touchés ? La question peut se poser longtemps, jusqu’à ce que la poésie de ses phrases fasse surface dans notre lecture. Oui, Hello sait faire sentir une humilité devant le monde, l’esprit d’une re¬cherche continuelle dénuée de toute vanité, avec la même chaleur, la même puissance d’appel et le même luxe de l’image que Baudelaire, son contemporain, quand il écrit : Là, tout
n’est qu’ordre et beauté, / Luxe, calme et volupté.
Pour un lecteur profane comme nous, il faut saisir que son attachement aux mots de la religion est celui d’une symbolique mystique. Il invoque Nazareth (ou Jérusalem ailleurs) comme d’autres aujourd’hui invoquent le verbe, la chair, le néant. Il dit : "Nazareth", et résonnent immédiatement cette paix et cette humilité que notre culture a forgée au¬tour de ce lieu mythique. Il y a encore dans sa voix de cette espérance tenace, de cet optimisme émouvant, certitude de la justice, confiance absolue en la bonté et en la capacité de devenir bon.
 Après cet ensemble de courtes réflexions et prières, vient un texte de Léon Bloy qui a connu Hello, qu’il présente comme ayant la "haine de l’erreur". Puis une postface de Patrick Kéchichian (confrère du journal Le Monde ayant sorti il y a peu une étude sur Hello) donnant quelques renseignements supplémentaires et essentiels sur celui qui fut admiré par Claudel, Bernanos, mais également par le poète Henri Michaux.