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Prières errantes

 Le livre de la solitude, le livre de la grande sérénité. Pierre Dhainaut entre en monologue, en questionnement. Il questionne la mémoire, l’oubli, il se penche sur tout ce qui , tressaille, sur le souffle, sur le saisissable, sur l’insaisissable. Il écoute, il parle, il se parle. II trouve refuge, offre refuge, reste au plus près de ce qu’il questionne et dece qui le questionne. Il questionne et écoute avec conviction, avec ferveur. II parle et écrit avec pudeur, avec réserve, comme par crainte de blesser, de déranger, d’imposer sa présence :
  ... on retourne ainsi sur la plage
 où l’on s’agenouille.
 Le poème de Pierre Dhainaut tend vers le recueillement, vers une approche imperceptible, un frôlement de très loin, presque invisible : son poème, une intrusion dans l’écho, dans ce qui reste, quand tout a disparu, apparemment.
 Est-ce la crainte ou la peur qui dicte le poème au poète, est-ce la grâce qui tout à coup envahit le pays de sa parole ? Les deux sûrement, sans oublier son désir de n’être rien, qu’une simple présence, qu’une presque absence :
 à travers l’écorce, à travers la houle
 on se loge,
sans oublier le désir du poète d’entrer en symbiose avec tout ce qui le frôle, le touche, l’environne :
  Si tu rayonnes, la terre est satisfaite.
 Venir jusqu ici, nous acquitter.
 Après avoir rêvé sa liberté, le poète accompagne fidèlement son poème dans un déploiement ici et aujourd’hui, ici sur cette terre qui porte et produit, qui vibre et donne. Il accompagne son poème qui se confond avec la terre natale, avec le don de l’autre, avec la voix intime du silence. Son monologue ouvert est aussi un dialogue, un dialogue avec personne, avec celui dont il veut taire le nom, avec celui dont il ignore le nom, avec l’absent présent, avec la « voix du plus loin » (J. Sojcher), avec l’innomé. Avec cet innomé insaisissable qui est tantôt l’oracle animé et animant, tantôt la pierre inanimée et solitaire.
 Toute proche de la terre. du fini, de la mer, des vagues, de la femme aimée, des lieux réels ou mythiques, ia poésie de Pierre Dhainaut s’ouvrirait-elle sur d’autres formulations, sur d’autres rivages :
  Quelle est la question qui se pose après l’écho ?
 La réponse à cette question et à Un livre d’air et de mémoire (éd. Sud) est amorcée dans
Prières errantes (éd. Arfuyen). II y a dans la dernier texte de ce recueil, comme un désir
inouï d’amour, comme une volonté d’habiter unanimement et pleinement, aujourd’hui et ici, le monde, demeure de tous les silences et de tous les dieux 
  Comme horizon la neige, n’avons-nous appris 
 qu’à nous résigner ? Ce mot qui veut conclure 
 nous appartient, mais le silence nous déborde 
 autant qu’il nous rassemble, l’amitié, la prière, 
 a-t-elle une autre fin, que nos dieux y renaissent ? 
 Nous ne respirons que pour eux, 
 sans les nommer, sans bomer le chemin, 
 sans asservir l’élan farouche, et comme viatique 
 douleur, louanges égales, indivisibles.

 Notre chance, écrit Pierre Dhainaut, écouter. Ecouter la réalité, toujours la réalité...