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Prêtre de l’invisible

Dans l’étroite chambre de Jean Mambrino, les livres recouvrent les murs jusqu’au plafond. Sur les rayonnages, Hugo côtoie Malraux, Shakespeare dialogue avec Rilke. Les Pléiade cohabitent avec la Bible et les ouvrages d’art. Sur son bureau, qui fait face à un immense planisphère, les dernières nouveautés littéraires sont posées aux côtés de représentations du Christ et de la Vierge.

Chez Jean Mambrino comme dans ses écrits, le spirituel côtoie le matériel, le visible tutoie l’invisible. Né en 1923 à Londres, le poète est ordonné dans la compagnie de Jésus en 1954. A la même époque, il découvre le théâtre grâce à Jean Dasté, et se lie d’amitié avec Jules Supervielle suite à un article qu’il écrit sur lui dans le Times Litterary Supplément.

Jean Mambrino, qui enseigne l’anglais à Amiens puis à Metz, publie, quelques poèmes dans des revues. Son premier recueil paraît en 1965 grâce à Jules Supervielle, qui collectionne ses textes et les amène au Mercure de France. Eu 1968, Jean Mambrino s’installe à Paris dans la « cellule » de la communauté Saint Pierre Canisius qui jouxte l’ancienne chambre de Teilhard de Chardin.

Il devient collaborateur de la revue Études, prenant en charge, entre deux’ voyages au bout du monde, la chronique littéraire et théâtrale. En 1974 paraît son se¬cond recueil. La ligne du feu. dans la collection La petite sirène créée par Louis Aragon ! En trente ans, Mambrino a publié une vingtaine de recueils, dont le dernier, L’Abîme blanc paru chez Arfuyen, a reçu le Prix de Littérature Jean Arp. Jean Mambrino est également l’auteur de traductions et d’ouvrages en prose. Anthologies de ses travaux pour la revue Études, ou Lire comme on se souvient (Phébus 2000) et La patrie de l’âme (Phébus 2004). Le fil rouge de son activité intellectuelle et littéraire est dans la quête d’une méditation par les textes. « La lecture est une activité spirituelle, un acte méditatif, dit-il alors qu’une neige silencieuse recouvre peu à peu le petit jardin sur lequel donne son étroite chambre. La lectio divina des anciens moines qui lisaient et relisaient les textes sacrés est la source de ma passion. »

Si la lecture est un éveil, le poème, pour Jean Mambrino, est un acte religieux, au sens propre du terme. « L’origine latine du mot est religare, relier », aime à rappeler le poète, qui cite Alain : « Le beau vers est religieux par lui même ». « Toute vraie poésie est recueillement, voyage vers l’intérieur », poursuit ce sage au regard de jeune homme. Jean Mambrino est « entré en poésie » dès son plus jeune âge, découvrant, par la lecture des classiques, « un nouveau monde, un langage universel, neuf, le bonheur des mots, ce que donnent leur danse et leur métamorphose ».

Sa vocation de poète et sa vocation spirituelle sont ainsi intimement liées. L’inspiration est un mystère, guidée par un secret intérieur, qui donne forme et direction à un réseau d’images : « Le poème est un langage qui efface ses propres traces pour qu’on entende ce que les mots ne disent pas » – c’est sa définition de l’art poétique.