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Plus loin dans l’inachevé

 J’ai déjà loué dans ce bulletin deux recueils publiés par Pierre Dhainaut : Entrées en échange (en 2006) et Levées d’empreinte (en 2009). En 2008 a paru sur cette œuvre déjà considérable et dont le climat a beaucoup varié une étude, celle de Sabine Dewulf, aux Éditions des Vanneaux. Le nouveau livre, Plus loin dans l’inachevé, comporte deux parties : les poèmes (« Une sorte de partition » réunissant sans organisation imposée des poèmes nés de circonstances de la vie quotidienne ou de collaborations amicales) et un « Journal de bord » (« Que cherchent à dire les poèmes » : des réflexions inscrites dans leurs marges).
 Six poèmes inauguraux (« Perpétuelle éphéméride ») disent la reprise du jour, de la vie, dans un passage de terres près de la mer, plein d’oiseaux. La parole poétique de Pierre Dhainaut est ici concrète, incarnée : « Elle aura cette chair d’un fruit / d’un caillou aussi bien qui s’ouvre / entre des mains ardentes. » La section centrale (« Rituel de l’imprévoyance ») est composée de dix séquences. Une certaine alternance me semble avoir lieu entre des séquences un peu plus abstraites, où prédominent la nuit, l’insomnie, le réveil, la page où va s’inscrire le poème, et d’autres séquences très sensibles comme « Entrouvertures » dans laquelle chaque petit poème de sept vers fait surgir pour nous la pluie, un galet, les oiseaux, une planche pourrie, une flaque, des doigts qui effleurent, le feuil-lage, des vagues. Ainsi « Un chemin d’arbres » : « Aucun arbre n’est seul s’il s’appuie : contre un mur, là, dans nos rues étroites / comme au loin sur les crêtes » Ou une longue promenade sur les grèves et à la fois dans le passé (« Sur la foi des sables »). Et encore « Le bienvenu », évocation belle et émouvante d’un enfant très vivant, très présent, et que l’on sent pourtant privé de beaucoup de nos possibilités habituelles. Plus elliptique, la section « À toi ce qui commence » rassemble des distiques comme « Poussières, pollen, entrer d’un mot, / entrer en connivence. »
 La partie de méditation sur les poèmes évoque davantage le travail, l’art, la démaîtrise de la création, qu’elle n’indique une poétique au sens précis du terme. Cela a lieu sous forme de petits instantanés, non de grands développements, et c’est bien ainsi. Je retiens simplement ceci : contre une attention au simple jeu verbal faisant du poème un objet, il faut dire (en style liminaire indicateur d’un « transcender ») : « L’écriture, une école des rivages. Le poème n’en est pas un, qui a la prétention de se suffire. Il n’est vivant que s’il se porte et nous porte hors de lui. »